Dana Michel est devenue lauréate du Lion d’Argent pour l’innovation en danse de la Biennale de Venise.

Dana Michel de retour au bercail

Avec Mercurial George, son deuxième spectacle solo, la chorégraphe et interprète Dana Michel revient en terre natale. Une présentation inattendue du Théâtre du Trillium, qui ose ouvrir sa saison en danse. Et en grand.

C’est d’ici que tout est parti. Dana Michel est née à Ottawa, mais a filé à Montréal dès qu’elle a eu 24 ans. Elle n’était pas encore chorégraphe, ni danseuse, donc loin de s’imaginer, un jour, être nommée dans le palmarès des meilleures « performeuses » par le New York Times. Elle n’avait qu’un bac de commerce en poche et une expérience en marketing dans une agence de publicité. Sa reconnaissance professionnelle, elle la devait surtout à ses exploits sportifs en course et en touch football, où elle se démarquait à l’université.

« Un soir, je suis allée voir de la danse au CNA sur invitation d’un ami qui y travaillait, se souvient-elle. C’était un spectacle de Pierre-Paul Savoie. Je n’avais rien compris mais c’était stimulant de découvrir une forme que je ne connaissais pas. J’en suis ressortie complètement étonnée. »

Mais voilà, l’envie de danser était assez forte pour la pousser, chaque fin de semaine, à Montréal écumer les dancefloors. « À force d’y aller régulièrement, j’ai décidé de déménager, ça me permettait de rester proche de ma famille, à Ottawa. »

Une petite annonce pour des études en danse à l’Université Concordia retient son attention, mais l’attitude reste plutôt dubitative. « J’ai mis un an à me décider, c’était un projet fou. J’avais 25 ans, je voyais ça comme une parenthèse avant de retourner travailler. Mais je savais qu’il y avait quelque chose en moi quand je dansais. »

Danser éperdument

La foi en danse de Dana Michel est une piété solide mais pas dogmatique, une foi de combat sans cesse traversée de questions et de doutes. Dès ses premières créations en 2005, elle s’interroge. Écrit ses impressions dans des carnets de notes, « en mode journal » : « c’est une manière d’évaluer où j’en suis, dans ma personne, dans la vie, » dit-elle.

Sur le plateau, elle travaille sa sensibilité dans un processus qu’elle décrit poétiquement ainsi : « je fais exploser les idées, laisse retomber la poussière puis agence cette poussière à terre. »

Depuis son solo Yellow Towel, véritable coup d’envoi de sa carrière sur la scène internationale (présenté à Ottawa en 2015), elle explore la signification de la danse noire. On l’écoute parler de ses expériences, de sa volonté de les transcender : « J’étais un peu mise dans ce cadre quoi que je faisais, » confie-t-elle. Prolongement ou extension du domaine de recherche, Mercurial George poursuit sa quête instinctive sur la marginalité et sur son identité de femme noire.

Ses productions ont été présentées dans plusieurs villes d’Amérique du Nord, d’Europe et du Royaume-Uni. Cette année, Dana Michel est devenue lauréate du Lion d’Argent pour l’innovation en danse de la Biennale de Venise. Précédée de cette prestigieuse reconnaissance, elle n’est pas peu fière de revenir danser à Ottawa, qui l’aura un peu éclipsée dans ses programmations. La chorégraphe ne s’en offusque guère.     

« Ma danse comprend beaucoup d’éléments autobiographiques, ça signifie beaucoup pour moi de venir danser dans ma ville natale. »


POUR Y ALLER

Quand ? 17 et 18 novembre, 19h30

Où ? Studio A de la Nouvelle Scène

Renseignements : 613-241-2727