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Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy, épaulées par une trentaine d’auteurices québécois.es, s’insurgent contre les diktats sociaux dans <em>Libérer la culotte</em>.
Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy, épaulées par une trentaine d’auteurices québécois.es, s’insurgent contre les diktats sociaux dans <em>Libérer la culotte</em>.

«Clitoris en berne», 30 féministes libèrent leur culotte

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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La première révolution sexuelle n’a jamais été vraiment concluante, selon Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy. Épaulées par une trentaine d’auteurices québécois.es, elles s’insurgent contre les diktats sociaux qui, encore aujourd’hui, cantonnent au rôle de «vierge ou de putain» les femmes, personnes non binaires et transsexuelles. Libérer la culotte est leur porte-voix. Et dans cet esprit, ce texte est rédigé en écriture épicène.

«Racontez-nous votre vie sexuelle», voilà le mandat que les codirectrices de Libérer la culotte ont lancé à la trentaine de féministes ayant accepté de participer à leur projet.

Si l’ouvrage s’ouvre sur une «correspondance jouissive» entre Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy, les témoignages de Catherine Dorion, France Castel, Rose-Aimée Automne T. Morin, Caroline Dawson et plusieurs autres sont par la suite divisés en six parties : performer, survivre, s’appartenir, déconstruire, jouer et jouir.

Leur prémisse? «Pour jouir, il faut se laisser aller.»

Alors que des auteurices se confient sur les agressions sexuelles, la violence psychologique, l’homophobie ou les viols conjugaux qu’iels ont vécus, d’autres partagent leur amour pour leur vibrateur ou racontent toutes ces fois où iels ont fait semblant d’avoir un orgasme, telle une vedette de cinéma.

«Notre approche, ça a vraiment été de mettre la lumière sur les histoires des gens. Et, par la courtepointe de ces récits, on voit se dégager des tendances claires, des similitudes ou même des divergences», expliquent les codirectrices, en entrevue au Soleil.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire au premier abord, Libérer la culotte ne fait pas vraiment l’apologie d’une sexualité débridée au quotidien, expliquent les deux autrices. L’ouvrage collectif tente plutôt d’en aborder pleinement toutes les sphères, et ce, sans jugement: des notions de «consentement» et de «charge mentale» aux jouets, en passant par l’asexualité ou les multiples manières de vivre son couple.

Pour Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy, il s’agit donc ici de placer sous les projecteurs une multitude d’êtres humains aux sexualités différentes et diversifiées. Pour «réinventer les catégories» et «se dégager des modèles prescrits».

«Il faut qu’on arrive à mettre de côté nos vieilles constructions qui sont, finalement, des boulets à la libre jouissance. […] Catherine Dorion en parle dans son texte : il y a quelque chose de l’empowerment dans une vie sexuelle épanouie», expliquent celles qui ont aussi dirigé Libérer la colère.

Toujours un grand tabou

Bien que l’on discute de plus en plus ouvertement de certains sujets tels que l’homosexualité, le travail du sexe ou le polyamour, l’acceptation sociale de ces modèles demeure très faible. C’est du moins le constat qu’ont fait les codirectrices en préparant l’ouvrage.

«Au tout début du projet, on a eu des conversations avec des auteurices qui souhaitaient participer au livre et qui avaient des choses intéressantes à dire. Malheureusement, plusieurs récits n’ont pas vu le jour parce que certaines personnes ont eu peur de l’impact de leur texte sur la façon dont leur employeur, leur famille ou leur partenaire les verraient», affirme Geneviève Morand.

Même les instigatrices du projet ont eu leur lot de questionnements et de craintes quant à la réception de leurs écrits. Une réaction qui les conforte malgré tout dans leur démarche.

«Pour nous, c’est important de le nommer parce que ça veut dire qu’on s’est nous-mêmes mis des barrières dans notre plaisir et dans notre expression de la parole. Or, c’est exactement ce qu’on souhaite challenger», insiste Natalie-Ann Roy, qui signe aussi les illustrations du livre.

Tout le monde ensemble

Il ne s’agit pas ici d’un hasard si «La chambre à coucher est l’ultime frontière de la justice sociale», cette citation de la vedette du porno transgenre, Drew Deveaux, est l’exergue de Libérer la culotte.

Pour les deux écrivaines, «l’égalité orgasmique» entre tous types d’organes génitaux est un combat à mener afin de pouvoir, un jour, «cultiver de vraies relations égalitaires» dans la société.

Pour ce faire, elles espèrent fortement la participation d’«alliés masculins».

«Le #NotAllMen, on n’est pu capables. Il faut travailler collectivement à changer le système parce que, oui, l’inégalité est systémique», écrivent-elles d’ailleurs dans Libérer la culotte.

Bien qu’inconfortable, une con­ver­sation «authentique», menée «avec bienveillance» entre tous les partis concernés, est donc «nécessaire».

«Il faut se mouiller pour exulter!» concluent-elles, en riant.