Clémence Roy-Darisse

Clémence Roy-Darisse: la profondeur de l’image en surface

Au plan du mentorat, Clémence Roy-Darisse est ravie par son expérience avec 3e Œil. En plus du soutien indéfectible de la directrice générale de L’Avant-première, Claire Duguay, la jeune dramaturge a benéficié des conseils de la metteure en scène Anne-Marie White et du scénographe John Doucet.

Les deux mentors l’ont suivie tout au long du processus qu’elle a entamé pour « professionaliser » Profil, une pièce qu’elle a déjà présentée en 2018, dans le cadre d’une Carte blanche du Théâtre de l’île. Le spectacle n’aura donc plus grand-chose à voir avec la forme « laboratoire » de la mouture originale, mise en scène par Chloé Tremblay.

De brainstorm en brainstorm avec ses comédiens — Sophie Régimbald, Virginie Houet et Miguel Martin — les idées ont fusé, durant cette résidence, à propos des décors ou de l’approche à retravailler. De mars à novembre, durée de cette gestation, les deux mentors « nous ont aidés à remettre en questions certaines choses, à les simplifier et les rendre plus efficaces », partage Mme Roy-Darisse.

« J’ai par exemple dû réorienter toute ma mise en place. Anne-Marie White m’a fait remarquer que [ma mise en scène envisagée] soulignait beaucoup trop ce qui était déjà dans le texte. Elle a apporté beaucoup de profondeur », illustre cette étudiante de l’Université d’Ottawa, qui achève cette année son bac en théâtre, et qui n’avait jamais touché à la mise en scène, hors de son cursus scolaire. Formation qu’elle compte poursuivre l’an prochain, que ce soit en maîtrise à l’Ud’O, ou à Montréal, en écriture dramatique.

Accès difficile

Côté accès aux locaux, le portrait n’est pas aussi rose. La jeune dramaturge s’avoue un peu déçu de n’avoir pu accéder à la scène de la Salle Jean-Despréz, où elle présentera le produit fini de Profil.

Le centre L’Avant-première a déménagé, cette année. De l’édifice du boulevard Taché, où ses locaux étaient auparavant situés, il a réintégré l’immeuble de la rue Montcalm où était déjà installé L’Artishow. Mais, ce faisant, L’Avant-première a aussi perdu son « studio », la petite salle de spectacles attenante à ses anciens locaux, dont les artistes pouvaient disposer à leur guise tout au long de leur résidence, et où ils pouvaient se produire à la fin.

D’où l’idée d’utiliser cette année la salle Jean-Despréz (SJD), nettement plus grande — et plus centrale, géographiquement.

« On n’a pas eu accès à la salle (SJD) avant. Ça nous limite : on ne peut pas faire les éclairages qu’on veut ; on peut difficilement placer les comédiens. Ce ne sont pas les conditions idéales », acquiesce Clémence Roy-Darisse. Un commentaire au diapason d’autres lauréats, qui se sont accomodés de la situation, mais qui auraient bien aimé un plus grand accès à la SJD, plus en amont de leur représentation générale.

La jeune dramature demeure globalement ravie par cette expérience, qui, comme pour Standish Hall et Outside I’m A Giant, se prolongera après la représentation. Les artistes de 3e Œil seront épaulés dans l’apprentissage de tout ce qui est connexe à la création, mais pas moins fondamental : demandes de bourse, démarches administratives avec les diffuseurs et relations médias.

« On est très contents du résultat, malgré ces petits pépins techniques », dit Clémence Roy-Darisse, pour qui « l’étape suivante » consisterait à partir en tournée, si elle peut obtenir une subvention du CALQ (le Conseil des arts et des lettres du Québec). L’heure est à la soumission du produit fini, qu’elle verrait bien prendre l’affiche au festival Fringe de Montréal, pour commencer...

Il ya un peu de Like moi dans Profil. Cette comédie suit les « insécurités quotidiennes » de trois jeunes adultes accrocs aux réseaux sociaux, chacun à sa façon, qu’il soit blogueur émérite, youtubeur vedette ou Facebookeur compulsif. La pièce, rappelle Clémence Roy-Darisse, surfe sur les « thématiques de la solitude, l’image de soi » qu’on construit et qu’on projette, « le paradoxe entre image publique et privée ».

« C’est une comédie, mais ce n’est pas une parodie des réseaux sociaux. On cherche à voir la vulnérabilité des personnage, l’humanité qui se cache derrière » la façade, résume-t-elle.