Cinéma

L’aventure française de Daniel Roby

Dans un futur rapproché, Paris est submergé par un brouillard mortel. Seuls quelques habitants, qui se sont réfugiés en hauteur, ont survécu. Parmi eux, Mathieu et Anna vont tout tenter pour sauver leur fille atteinte d’une maladie génétique. «Dans la brume» est un long métrage particulier à bien des égards — les films de genre sont rares en France, surtout post-apocalyptique. Mais encore plus, ses producteurs ont décidé d’en confier la réalisation à un Québécois : Daniel Roby. Entrevue.

Q    Comment Daniel Roby s’est-il retrouvé aux commandes d’un film français?

R    Les producteurs de chez Quad me connaissaient parce qu’ils avaient vu Funkytown (2011), un film qui a séduit beaucoup les Français. […] Nicolas Duval m’a proposé le scénario de Dans la brume parce qu’il aimait mon travail. C’est un film à contenu, mais commercial en même temps et il savait que j’avais beaucoup travaillé avec les effets spéciaux sur Louis Cyr (2013) avec un budget restreint. Je pense qu’il a mis tous ces points-là ensemble.

Q     C’est bien beau vouloir tourner en France, mais qu’est-ce qu’il y avait d’intéressant dans ce scénario?

R    Depuis La peau blanche (2004), j’avais le goût de faire un autre film de genre — mon deuxième film aurait été un film de genre si les étoiles s’étaient alignées. Je suis un fan, ça m’accrochait. J’ai trouvé qu’il y avait dans le scénario plusieurs éléments inattendus. C’est assez rare qu’un scénario me surprenne ou m’amène quelque part où je ne m’y attendais pas vraiment. […] Je ne suis pas un fan de film-catastrophe, mais je me suis rendu compte qu’il y avait des éléments intrigants. Comme le fait que la fumée qui engloutit la ville reste stagnante et que si tu es au-dessus tu peux respirer, si tu es en dessous, tu meurs. C’est comme être pris sous l’eau. 

Il y avait un potentiel de visuel et d’ambiance qui était assez prometteur. Je trouvais aussi qu’il avait des éléments de suspense. Puis des thématiques que je trouvais intéressantes. Face à un défi de survie extrême, il y a deux personnages qui ont une approche différente. La mère a une approche plus scientifique. Le père est plus proche du risque, plus proactif. C’est un dilemme intéressant : tu t’assieds et tu observes ou tu prends un risque?

Q    Un film-catastrophe, mais on est loin de la vision hollywoodienne du genre. Il y a un peu d’action, mais l’accent est surtout mis sur les atmosphères et les personnages…

R     C’est vrai et c’est ce que j’aimais. […] Ce qui était loin d’un film hollywoodien à grand déploiement où il va y avoir des créatures, des aliens et où il faut trouver la solution à la catastrophe, c’est que tu es à la hauteur [des personnages], comme si ça t’arrivait à toi. D’ailleurs, nous, les spectateurs, on n’a pas plus d’informations que les personnages principaux. Ça te met dans leurs souliers et ça t’amène à te questionner sur ce que tu aurais fait à leur place.

Q     L’action se déroule dans l’immeuble où sont coincés les personnages principaux et sur les toits de Paris, magnifiquement filmés. Qu’est-ce qui a été tourné en studio et en extérieurs?

R     Tout ce qui est au-dessus de la fumée, sur les toits, c’est en extérieur. Tout ce qui en dessous, c’est en studio, sauf la cage d’escalier qui est une vraie cage d’escalier. Les trois appartements ont été construits en studio. 

Q     Ce qui a quand même dû nécessiter beaucoup d’effets spéciaux numériques (CGI)?

R     Environ 500…

Cinéma

Isabelle Adjani va tourner en Algérie, pays natal de son père

PARIS — L’actrice française Isabelle Adjani va tourner en octobre son premier film en Algérie, le pays natal de son père, sous la direction de Yamina Benguigui, a annoncé jeudi la réalisatrice au quotidien français Le Parisien.

«Pour la première fois, Isabelle va tourner en Algérie, dans un rôle d’Algérienne. [...] Ce sera un film de femmes, uniquement avec des femmes. Il questionnera le rapport au pays d’origine et au pays d’accueil, l’enracinement, l’intégration», a indiqué la réalisatrice, également ex-ministre française de la Francophonie.

Le tournage de Sœurs, qui doit débuter fin octobre pour 11 semaines, aura lieu entre Alger, Oran et Constantine, puis à Paris et dans le nord de la France, indique le journal, qui précise que le long-métrage racontera comment trois sœurs — interprétées par Isabelle Adjani, Rachida Brakni et Maïwenn — «se déchirent lorsque l’une d’elles [jouée par la star] décide de raconter au théâtre la vie de leur père mourant».

«Pour les Algériens, Isabelle représente la femme algérienne qui a réussi et qui a assumé ses origines. Elle leur appartient», estime la réalisatrice, elle-même d’origine algérienne, qui a déjà tourné avec elle un téléfilm.

Née d’un père d’origine kabyle, Isabelle Adjani avait débuté le tournage dans la capitale algérienne du film Parfums d’Alger de Rachid Benhadj en 2010, mais elle avait quitté le plateau au bout de quelques jours à la suite d’un désaccord avec le cinéaste, rappelle Le Parisien.

Si ce sera la première fois que l’actrice multiprimée jouera aux côtés de Rachida Brakni, elle a déjà partagé l’affiche avec Maïwenn, notamment dans L’été meurtrier en 1983, où cette dernière jouait Isabelle Adjani enfant.

Cinéma

Fleuve noir: sur des flots agités **1/2

CRITIQUE / Sur la seule foi de sa distribution d’enfer — Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez —, et de son adaptation du polar «Une disparition inquiétante», «Fleuve noir» était immensément prometteur. Malheureusement, une intrigue bancale, une réalisation banale et quelques sorties de route viennent gâcher notre plaisir anticipé. Un bon film de genre qui ne laissera de souvenirs impérissables à personne.

Une chance qu’il y a les acteurs! Cassel est prisonnier des limites de son personnage de commandant de police sorti tout droit du répertoire de clichés du genre : vulgaire, désabusé, alcoolique (ah! la fameuse bouteille cachée dans le tiroir…), réactionnaire, sexiste, séparé, mauvais père et j’en passe. 

Évidemment, il en fait un peu trop. Mais, bon, il arrive parfois à laisser transparaître le malaise existentiel du commandant Visconti, surtout dans ses affrontements avec Yan Bellaile, le principal suspect dans l’histoire de la disparition de Dany Arnault, un fils de bonne famille.

Romain Duris incarne avec brio ce prof introverti et un brin exalté qui donnait des cours de français à l’adolescent. Voisin de la famille Arnault, celui qui rêve d’être écrivain s’intéresse un peu trop à l’enquête au goût du flic, qui en fait bientôt une véritable obsession. 

Visconti ressent aussi une fascination malsaine pour Solange Arnault (Kiberlain, sous-utilisée), mère éplorée fortement ébranlée par la disparition de son fils, qui lui renvoie en plein visage sa désaffection et ses failles dans l’éducation de son propre fils Denis, 16 ans, qui traficote de la drogue. Une intrigue secondaire que le réalisateur néglige complètement et dont le parallèle s’avère ardu…

Érick Zonca ne joue d’ailleurs pas un rôle de capitaine très convaincant sur les flots de son Fleuve noir. Pour rester dans l’analogie, son bateau prend l’eau. Après avoir ébloui tout le monde et le Festival de Cannes avec La vie rêvée des anges, César du meilleur film en 1998, le cinéaste français n’a pas été à la hauteur des attentes suscitées par son premier long métrage. 

Ce quatrième essai ne fera pas remonter sa cote en raison de sa direction d’acteurs approximative, son manque d’inventivité derrière la caméra (c’est platement filmé) et ses raccourcis scénaristiques (il signe l’adaptation avec Lou de Fanget Signolet). Il établit tout de même un climat crépusculaire, avec des images très sombres.

Par contre, les spectateurs patients, ou plus indulgents envers les polars pour passer un bon moment de cinéma, seront récompensés à la fin, avec un dénouement surprenant et ambigu sur le plan moral qui suscite bien des questionnements.

Si seulement tout ce qui précède avait été à la hauteur...

Cinéma

Film de la semaine: Trois étrangers identiques ****

CRITIQUE / «Quand je raconte mon histoire, personne n’y croit. Moi-même je n’y croirais pas. C’est pourtant vrai. Chaque mot.» Imaginez que vous vous découvriez un jumeau inconnu à 19 ans. C’est ce qui est arrivé à Bobby Shafran. À peine remis du choc, Eddy Galland et lui réalisent qu’ils sont en fait des triplets. Une histoire surréaliste qui fait l’objet d’un fascinant documentaire qui dépasse l’anecdotique pour révéler quelque chose de totalement inimaginable.

Après avoir vu Trois étrangers identiques (Three Identical Strangers), on comprend aisément que Tim Wardle soit reparti avec le prix spécial du jury pour le récit au récent festival de Sundance. Le cinéaste britannique raconte avec beaucoup d’aplomb et de rythme ce hasard qui a réuni les trois hommes séparés à la naissance puis placés en adoption.

À l’aide d’une reconstitution d’époque (trame sonore comprise), mais surtout les témoignages des principaux concernés, y compris amis et famille, le documentaire évoque leurs euphoriques retrouvailles en 1980. Des moments d’une drôlerie irrésistible.

Bobby, Eddy et David Kellman deviennent rapidement l’objet d’un cirque médiatique phénoménal, de la une des journaux aux émissions de variétés. On s’arrache les triplets de New York et on s’extasie sur le fait qu’ils fument les mêmes cigarettes, qu’ils ont les mêmes goûts vestimentaires et culinaires, préfèrent les femmes un peu plus vieilles…

Le trio devient inséparable et fait la fête (sexe, drogues et rock’ n’ roll). Mais, rapidement, le conte de fées s’enraye et le voile se lève sur la réalité : ce sont — malgré tout — trois étrangers élevés, respectivement, par une famille de col bleu, de la classe moyenne et riche. Et quand ils vont chercher à connaître les circonstances de leur séparation, le réel va faire place à la tragédie...

Inutile d’en révéler plus ici, ce serait gâcher le plaisir de la découverte de ce film remuant. Car au-delà du pittoresque, le propos évoque de grandes questions existentielles sur la nature humaine. Quelle est la part de l’inné et de l’acquis dans notre identité? Quel rôle joue la fratrie et l’hérédité dans qui nous sommes? Et, plus important encore, l’éducation?

Car en cours de route, Trois étrangers identiques se veut une véritable enquête sur les circonstances qui ont amené l’agence juive d’adoption Louise Wise à choisir des familles différentes — dans lesquelles chacun des frères a une sœur adoptée deux ans plus tôt. Et sur le fait que leurs nouveaux parents n’ont jamais su, à l’époque, qu’ils étaient des triplets. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas. L’euphorie cède la place à la colère et à la recherche de la vérité…

Compte tenu du retentissement de l’affaire, le documentariste, qui a œuvré à la BBC, a eu accès à une tonne d’images d’archives qui lui permettent d’illustrer le propos, explosif. Mais ce sont les témoignages à la caméra de Bobby et David qui emportent le morceau. Dignes, poignants et terriblement humains, ils conduisent progressivement le spectateur à une plongée dans la noirceur qui évoque avec force d’importants enjeux éthiques.

Encore une fois, une histoire réelle qui dépasse la fiction… Pas surprenant qu’Hollywood veuille maintenant en faire un film. À votre place, j’irais voir l’original!