Le point fort du drame de Denis Langlois est la lutte du frère et de la sœur contre les éléments, dans des paysages enneigés, magnifiés par la direction photo de Philippe Roy.

Y'est où le paradis?: quête de sens ***

CRITIQUE / La prémisse de Y’est où le paradis? est remplie de promesses : comment des déficients intellectuels perçoivent-ils la mort? Peuvent-ils appréhender l’idée que la personne qui était n’est plus? Denis Langlois livre un film qui mélange habilement le conte et le road movie, mais dont le récit manque de tonus et, parfois, de vraisemblance.

Y’est où le paradis? met en scène un frère et une sœur, tous deux handicapés. Samuel (Maxime Dumontier), l’aîné, vit en famille d’accueil. Chaque fin de semaine, il va rejoindre sa sœur Émilie (Marine Johnson). Mais une journée, sa mère ne vient pas le chercher… C’est plutôt sa cadette qui débarque.

Le duo a beaucoup de difficultés avec le concept du décès. «Y’est où le paradis?» demande à voix haute Émilie en pleine église, lors des funérailles. La perte n’améliore pas leur relation marquée par la rivalité et la jalousie, sans qu’on sache trop pourquoi (un bon point). Ils partent néanmoins en pleine nuit pour la maison familiale qu’ils atteignent grâce à deux jeunes serviables. Une vidéo de leur mère disparue convainc la plus jeune que sa mère est partie pour un «paradis», le Matchi-Manitou. S’amorce alors une quête dans la forêt boréale, véritable chemin de croix parsemé d’embûches…

C’est le point fort du drame de Langlois — la lutte du frère et de la sœur contre les éléments, dans des paysages enneigés, magnifiés par la direction photo de Philippe Roy (Diego Star). Le réalisateur et lui ont épousé le point de vue candide du duo, sans occulter les difficultés qu’ils rencontrent dans leur processus de deuil, fortement marqué par le déni. Leur débrouillardise, avec des capacités supposément limitées, est aussi une ode à leur détermination et un hommage au regard qu’ils posent sur la vie, qui rappelle l’innocence de l’enfance.

Le cinéaste de L’escorte (1996) a décidé de faire appel à des acteurs professionnels pour mener à bien son récit. Ce qui aurait pu être discutable s’il n’avait pris soin d’embaucher aussi des acteurs avec une déficience (Geneviève Morin-Dupont et Marc Barakat), ce qui renforce la crédibilité de l’expérience, jusque dans les interactions de tout ce beau monde.

On comprend qu’avec trois fois rien, dans un tournage majoritairement en extérieurs, Denis Langlois avait peu de marge de manœuvre à la réalisation. Il s’est manifestement concentré sur sa direction d’acteurs. 

Dumontier (Tromper le silence) et Johnson, dans des rôles très physiques et sur un terrain chargé, évitent d’ailleurs toute caricature, ce qui est à leur honneur. Leur jeu est crédible. À ce propos, la performance de Johnson, déjà remarquable dans La petite fille qui aimait trop les allumettes (2017), nous fait croire qu’elle est promise à un brillant avenir d’interprète.

Une chance parce que la réalisation est correcte, sans plus. Et que le scénario souffre parfois d’invraisemblances, dont une majeure : que les policiers n’aient pu suivre les fugueurs à la trace après leur fuite dans la neige… C’est cousu de fil blanc, même si on est dans l’univers du conte…

Par contre, Denis Langlois n’a pas cherché l’émotion à tout prix, laissant le loisir au spectateur de réfléchir sur l’immense gouffre que creuse la mort de nos parents. Un sujet universel (et douloureux), s’il en est un. 

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***
  • Titre: Y’est où le paradis?
  • Genre: drame
  • Réalisateur: Denis Langlois
  • Acteurs: Maxime Dumontier et Marine Johnson
  • Classement: général
  • Durée: 1h30
  • On aime: l’originalité du propos. Le dépaysement
  • On n’aime pas: le récit cousu de fil blanc