La performance de feu de Kate Winslet et la magnifique photographie permettent de maintenir l’intérêt du nouveau Woody Allen.

Wonder Wheel: trois petits tours et puis s’en va ***

CRITIQUE / Voici venu le temps du Woody Allen nouveau, qui n’est pas un grand cru cette année. Le réalisateur new-yorkais mise sur une nostalgie un peu surannée en plaçant son drame prévisible à Coney Island en 1950. Mais une performance de feu de Kate Winslet et la magnifique photographie de Vittorio Storaro permettent de maintenir l’intérêt de Wonder Wheel jusqu’à sa finale implacable.

Le 48e long métrage d’Allen met cartes sur table dès son introduction par Mickey (Justin Timberlake). Le sauveteur, qui est aussi apprenti dramaturge à l’université et agit comme narrateur, s’adresse à la caméra pour raconter l’histoire de cet été où il entretient une liaison avec Ginny (Kate Winslet), une épouse malheureuse en manque d’amour, au nez et à la barbe d’Humpty (Jim Belushi), un opérateur de carrousel porté sur la bouteille et les colères. Le couple tire le diable par la queue et peine à s’occuper du fils pyromane de Ginny.

Mickey, beau parleur et hypocrite, ne semble pas faire de cas d’entretenir une liaison avec une serveuse au Roi de la palourde qui approche la quarantaine. Jusqu’à ce que Carolina (Juno Temple) lui tombe dans l’œil. La fille d’Humpty se cache chez son père de son mari mafioso, qui a placé un contrat sur sa tête après sa fuite… 

Tous les éléments sont en place pour un arc dramatique qui aimerait tendre vers la tragédie, mais qui n’en a pas la profonde résonnance, et qui flirte avec le drame sentimental, sans trop vouloir y toucher.

Allen semble manquer d’égards pour ses personnages, mais il a plutôt opté pour une approche théâtrale plus distanciée. Les références à la dramaturgie sont d’ailleurs légion, jusque dans l’œuvre complète d’Eugene O’Neill offerte par Mickey à Ginny. 

On sent l’hommage appuyé à l’auteur du Long voyage vers la nuit (1956) dans le traitement de personnages marginaux qui luttent pour maintenir leurs espoirs et leurs aspirations, mais qui sombrent peu à peu dans les désillusions et la résignation. Wonder Weel a aussi une dette aux pièces de Tennessee Williams (Un tramway nommé Désir, 1951) et d’Arthur Miller (Vu du pont, 1958).

Sans en avoir la même intensité et la même profondeur — le film d’Allen trace un portrait d’époque d’ailleurs un peu daté. Tout en étant, en même temps, intemporel. On peut tiquer devant le portrait de Ginny, femme jalouse, désespérée et égocentrique prête à toutes les bassesses parce qu’elle redoute les affres du temps et le piège d’une vie qui l’étouffe. Mais est-ce si éloigné de la réalité de plein de femmes (et d’hommes)?

Wonder Wheel emprunte par ailleurs à la tragédie grecque son thème de la fatalité. Mais comment Ginny en est-elle arrivée là si ce n’est en posant des gestes qui l’y ont conduit? L’interprétation incarnée de Kate Winslet est absolument superbe, faisant ressentir toute la détresse de cette femme aux rêves brisés.

Elle est magnifiée par l’éclairage du soleil dans ses cheveux roux, qui change selon les humeurs. Allen et Storaro (Le dernier tango à Paris) ont fait un beau travail en jouant des couleurs froides et chaudes en alternance, avec des éclairages qui profitent des néons du parc d’attractions (la direction artistique est aussi impeccable). 

Le réalisateur utilise aussi des mouvements de caméra majestueux pendant des plans-séquences qui laissent toute la place aux protagonistes. Malheureusement, les dialogues ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. Et la trame sonore jazzée ne réussit pas à servir de contrepoint au drame qui aurait, au contraire, gagné d’un certain support. 

On a l’impression que pour Wonder Wheel, Allen est venu faire ses trois petits tours puis s’en est allé. Ce n’est pas la première fois. Et il y a eu bien pire dans sa prolifique carrière.

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***
  • Titre: Wonder Wheel
  • Genre: drame
  • Réalisateur: Woody Allen
  • Acteurs: Kate Winslet, Justin Timberlake, Juno Temple, Jim Belushi
  • Classement: général
  • Durée: 1h41
  • On aime: le talent de Kate Winslet. L’approche distancée. La magnifique photographie
  • On n’aime pas: l’aspect trop prévisible. Un parfum suranné