Fani (Valerie Pachner) et Franz Jägerstätter (August Diehl) forment un couple inébranlable dans l'adversité.
Fani (Valerie Pachner) et Franz Jägerstätter (August Diehl) forment un couple inébranlable dans l'adversité.

«Une vie cachée»: Magistral! ****

CRITIQUE / Terrence Malick est capable du meilleur comme du pire. Après sa Palme d’or pour «L’arbre de la vie», en 2011, on se demandait sérieusement si le réalisateur américain avait perdu sa touche magique après quelques essais discutables. Avec le magistral «Une vie cachée», présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, la réponse est clairement non.

Le 7e art existe encore : on en a la preuve avec le drame historique éblouissant de Malick.

Une vie cachée (A Hidden Life) débute avec des images d’archives d’Hitler. Nous sommes en 1939. Franz Jägerstätter (August Diehl) mène une existence idyllique avec sa femme Fani (Valerie Pahner) et leurs trois jeunes filles. La caméra épouse les magnifiques paysages montagneux…

Les Autrichiens doivent prêter serment d’allégeance au führer que Frantz considère comme l’Antéchrist. Il redoute le moment où il sera appelé sous les drapeaux. Il devient objecteur de conscience, malgré le mépris de tous les habitants de son petit village. De l’orgueil, crache sa belle-sœur…

Sa désobéissance lui vaut d’être emprisonné et humilié. Sa famille, sa femme, en particulier, qui souffre, paie le gros prix. Ostracisés, ils deviennent des parias. Mais Franz démontre du courage et une foi inébranlable en ses principes : même quand le Reich lui promet un statut de non-combattant, il rejette le serment d’allégeance.

August Diehl s’avère saisissant et incandescent dans la peau de ce paysan qui refuse de renoncer à ses convictions.

Le superbe long métrage de Malick est inspiré d’une histoire vraie (l’Église catholique a béatifié Jägerstätter en 2007). Il propose une réflexion sur la foi, pas celle de la religion des hommes qui sert ses intérêts plutôt que la morale, mais sur l’intime conviction intérieure que le bien doit prévaloir sur le mal. Et qu’avec cette certitude vient des impératifs. Dont celui de se tenir debout, peu importe les conséquences.

Il s’agit, à n’en pas douter, d’une œuvre exigeante qui commande un certain état d’esprit, une réceptivité pas seulement au propos, mais aussi à la proposition esthétique. Ce dixième effort repose sur le style caractéristique du cinéaste de La mince ligne rouge (1998), parfois déroutant. Peut-être Malick aurait-il pu resserrer ici et là. Peut-être...

Les compositions visuelles somptueuses — en accord avec le mysticisme de l’œuvre — sont à couper le souffle, les travellings se multiplient (mais jamais gratuitement) et les acteurs ont l’épaisseur du réel.

Une vie cachée se déroule il y a 80 ans. Il n’en est pas moins d’une terrible actualité. Quand le maire du village laisse tomber son masque et dévoile son visage de fasciste, Frantz refuse d’adhérer à son discours raciste sur les immigrants et la «pureté» aryenne. Avec le soutien et l’amour indéfectible de sa femme. Malgré les humiliations et les tortures. Il sera d’ailleurs exécuté par le régime nazi.

Mieux vaut subir l’injustice que de la commettre.

Au générique

Cote : ****

Titre : Une vie cachée

Genre : Drame historique

Réalisateur : Terrence Malick

Acteurs : August Diehl, Valerie Pachner, Michael Nyqvist, Matthias Schoenaerts

Classement : Général

Durée : 2h54

On aime : la superbe proposition esthétique. La pertinence du propos. La maîtrise cinématographique. La composition d’August Diehl.

On n’aime pas : —