Selma (Golshifteh Farahani) voit défiler sur son divan des personnages hauts en couleur.
Selma (Golshifteh Farahani) voit défiler sur son divan des personnages hauts en couleur.

Un divan à Tunis: Une séance pétillante ***

CRITIQUE / Un divan à Tunis arrive au cinéma à un bon moment. Comédie pétillante qui se déroule, on s’en doute, en Tunisie, le premier film de Manele Labidi offre dépaysement ensoleillé, galerie de personnages hauts en couleur ainsi qu’une perspective intéressante sur la condition féminine et sur un peuple écartelé entre ses désirs de liberté et la tradition.

Le long métrage repose sur le retour au pays de Selma (Golshifteh Farahani), après un exil (forcé, pour son père) de 25 ans à Paris. Nous sommes au lendemain de la révolution arabe et du départ du président Ben Ali. La trentenaire veut offrir ses services de psychanalyste pour aider ses compatriotes — d’où le divan du titre.

Évidemment, ça ne se déroule pas du tout comme prévu. Ses manières de jeune femme moderne célibataire, en jeans et avec cigarette aux doigts, et son accent français passent mal. On la traite de «crâneuse post-colonialiste». Tout le monde lui prédit un échec.

Mais Selma démontre beaucoup de détermination. Elle trouve peu à peu ses marques en accueillant des patients dans son cabinet sur le toit — même si la jeune femme doit composer avec des «clients» qui confondent séances tarifées avec «prestations tarifées».

C’est sans compter sur le zèle de l’inspecteur Naïm (Madj Mastoura) qui lui révèle qu’il lui manque une autorisation indispensable pour continuer d’exercer. En plus du policier tatillon, Selam doit composer avec une bureaucratie kafkaïenne. Et sa nièce Olfa (Aïcha Ben Miled), jeune femme rebelle et ingrate qui aspire à se rendre en Europe. Elle synthétise à merveille l’incongru de la situation : «Tu reviens au pays alors que tout le monde rêve de foutre le camp.»

Selma doit composer avec sa nièce Olfa (Aïcha Ben Miled), jeune femme rebelle et ingrate qui aspire à se rendre en Europe.

Parce que le peuple doit composer avec ses peurs du changement, son désir de liberté, mais aussi les divisions entre islamistes et modernistes alors que la structure sociopolitique se révèle instable. Autrement dit : une véritable poudrière dans laquelle plusieurs personnes jouent avec des allumettes.

On aura compris, le métier de Selma est un prétexte pour examiner la psyché tunisienne. Sans trop se casser la tête. La trentenaire est à la fois «naïve, idéaliste et stupide», comme elle dit si bien. Courageuse, aurait-elle pu ajouter.

Le portrait tracé par Manele Labidi se révèle truculent, mais guère transcendant. Certaines situations frisent trop la caricature, ce qui devient agaçant. Il n’est pas évident de trouver le juste équilibre entre la moquerie et la réflexion.

Au moins, la réalisatrice nous fait la grâce de ne pas trop en révéler sur le passé de Selma, et donc sur ses réelles motivations. Et le film adopte une perspective féminine dans un pays qui a encore de la difficulté à se débarrasser de son héritage misogyne. Bien vu.

Un divan à Tunis repose évidemment sur les épaules de Golshifteh Farahani, de toute évidence aussi à l’aise dans le registre dramatique (Paterson, Les filles du soleil) que celui de la comédie — ici plus piquante que grossière. Une présence qui transperce l’écran, comme d’habitude.

Malheureusement, Manele Labidi n’a pas pu résister à l’appel de la fin heureuse obligée, qui apparaît beaucoup trop plaquée pour être crédible. La réalisatrice a bien tenté de redresser la barre avec ses dernières images, mais ce n’est guère convaincant.

N’empêche. Voici un film qui vaut bien une petite séance au cinéma. Ne serait-ce que pour y croiser le fantôme de Freud...

Au générique

Cote : ***

Titre : Un divan à Tunis

Genre : Comédie dramatique

Réalisatrice : Manele Labidi

Acteurs : Golshifteh Farahani, Madj Mastoura, Aïcha Ben Miled

Durée : 1h28