Tallulah (Abigail Phiowsky) et sa demi-sœur Aster (Sophie Nélisse) doivent apprendre à cohabiter.
Tallulah (Abigail Phiowsky) et sa demi-sœur Aster (Sophie Nélisse) doivent apprendre à cohabiter.

The Rest of Us: pour les actrices, surtout Sophie Nélisse ***

CRITIQUE / On pourrait avancer sans coup férir que The Rest of Us est typiquement canadien : poli, sans trop d’aspérités et toujours dans les limites du raisonnable. Je n’irais pas jusqu’à écrire fade… L’intérêt du film vient assurément des interactions des quatre femmes, réunies dans des circonstances dramatiques, qui apprennent à s’apprivoiser et… à vivre sans homme !

Le débat fait rage depuis plusieurs années sur le manque de représentativité féminine au cinéma. Le premier long métrage d’Aisling Chin-Yee démontre que l’inverse est aussi possible. Le destin des quatre protagonistes est lié à un homme qu’on ne verra qu’en photos. Parce que Craig les a quittées. Cette fois pour de bon !

Cami (Heather Graham), prospère auteure et illustratrice de livres pour enfants, tente d’élever Aster (Sophie Nélisse), ado rebelle et souvent odieuse, dans leur splendide maison à l’extérieur de Toronto. La mère monoparentale n’a plus fréquenté d’homme depuis que Craig est parti avec Rachel (Jodi Balfour).

À 32 ans et sans réelle éducation, elle s’occupe de leur fille Tallulah (Abigail Phiowsky). Jusqu’à ce que Craig meure d’une crise cardiaque et les laisse sur la paille (il n’a pas payé de factures depuis six mois, dont l’hypothèque, mais on ne saura pas pourquoi ni comment il a réussi à cacher la situation à Rachel).

Cami propose de les accueillir dans leur roulotte installée sur leur terrain, au grand désespoir d’Aster. Ce qui s’avère peu plausible — les deux femmes sont à couteux tirés—, mais fournit une bonne matière dramatique.

Que la cinéaste et sa scénariste abordent avec une retenue… toute canadienne. Même les prises de bec se déroulent en mode mineur, à l’image des soirées de plaisir solitaire de Cami : lumières tamisées, chandelles et musique d’ambiance (dont du Patrick Watson).

La réalisation s’avère dans une tonalité semblable : appliquée, sans une mèche qui dépasse. On aura compris que sous la surface lisse de chacune, en particulier Cami, bouillonnent des secrets plus ou moins inavouables. Que des alliances ponctuelles et des complicités vont se développer.

Rien de tout cela ne laisse un souvenir impérissable. Si ce n’est que les actrices s’y révèlent toutes très bonnes, malgré quelques clichés du scénario. Heather Graham a beaucoup tourné depuis Twin Peaks (1992) et Boogie Nights (1997), ce qui apporte de la crédibilité à sa jeune cinquantenaire forte à l’extérieur, mais fragile à l’intérieur.

Sophie Nélisse (Aster) et Heather Graham (Cami) dans <em>The Rest of Us</em>.

Reste que les cinéphiles québécois seront heureux de voir Sophie Nélisse dans un rôle substantiel et plus mature. L’actrice de 20 ans, avec sa moue boudeuse, incarne à merveille cette enfant élevée dans la ouate qui veut quitter l’école simplement pour emmerder sa mère qui la couve trop.

The Rest of Us ne laisse pas de souvenir impérissable. Mais l’ensemble fait passer un bon moment, très court à 1h20. Aisling Chin-Yee aurait eu intérêt à creuser davantage son sujet...

The Rest of Us est disponible en vidéo sur demande.

Au générique

Cote : ***

Titre : The Rest of Us

Genre : Drame

Réalisatrice : Aisling Chin-Yee

Actrices : Heather Graham, Sophie Nélisse, Jodi Balfour, Abigail Phiowsky

Durée : 1h20