Tanguy le retour prend l’affiche au Québec (comme en France) le 19 avril.

«Tanguy», le retour de la glu

Difficile d’imaginer Etienne Chatiliez dans le rôle du réalisateur ‘s’abaissant’ à pondre une suite à ses films. C’est pourtant ce qu’il a osé faire en réunissant à nouveau André Dussolier, Sabine Azéma et Éric Berger, distribution originale de Tanguy, quelque 15 ans après la sortie du film original.

Entre-temps, il a signé trois autres films (La confiance règne, Agathe Cléry et L’Oncle Charles) qui se sont avérés de cuisants échecs commerciaux, de la part d’un cinéaste à qui l’on doit entre autres Tatie Danielle et La vie est un long fleuve tranquille — qui, à la fin des années 80, se soldèrent par des millions d’entrées au box-office.

Mais Chatiliez se défend bien d’avoir manqué d’inspiration, ou même d’avoir cédé aux sirènes commerciales. « Il n’y avait pas d’intention commerçante », promet-il. « Et on était tous ravis de se retrouver » sur le plateau, après lecture du scénario, histoire de vérifier que ce deuxième récit apportait une véritable plus-value pertinente aux aventures du fils-glu.

Approché par son producteur, le réalisateur français s’est rapidement laissé convaincre que Tanguy, « cet enfoiré psychopathe », méritait de replonger — à 44 ans, et bien qu’il soit désormais lui-même papa — dans l’appartement de ses parents.

Psychopathe, le reprend-on ? « Disons qu’il a un vrai problème de ‘réglages’. Il est quand même tout à fait spécial et singulier, Tanguy. Tout ce qu’il fait [d’abusif], je ne suis pas sûr qu’il le fasse de façon tout à fait consciente. Je crois qu’il est habité par quelque chose qui le dépasse lui-même, c’est pour ça que j’emploie le terme de psychopathe. Mais je crois aussi que ses parents sont grandement responsables de ça. »

Le bonheur de la retraite

Cette fois, lorsque Tanguy revient squatter le « nid » parental, il ne pose pas seulement ses valises, mais aussi sa fille de 15 ans. Ce qui « nous permettait de pousser le bouchon un peu plus loin », sourit M. Chatiliez.

Loin de la vulgaire farce qui se prolonge, Tanguy le retour demeure une « satire sociale », notamment par rapport aux parents », estime Chatiliez. À une époque où les couples divorcent presque aussi vite qu’ils se rencontrent, le réalisateur a eu « envie de retrouver des gens qui sont encore contents d’être ensemble, après 50 ans de vie commune », ajoute-t-il.

Quand Tanguy débarque, il est complètement dévasté, accablé par le départ de son épouse. Face à lui, Édith et Paul forment un dynamique couple de retraités aussi actifs qu’amoureux. Le retour du « problème Tanguy », dont ils croyaient s’être débarrassé pour de bon, réveille les contrastes et les oppositions. « Il y avait dans cette situation du chaud et du froid qu’il semblait intéressant d’explorer. » Comme dans le premier opus, l’amour familial initial va s’estomper, pour laisser apparaître l’hypocrisie et la méchanceté des personnages.

Édith et Paul ont vieilli « dans le sens qu’ils se sont un peu déglingués [physiquement], ce dont, plutôt que d’en pleurer, il vaut mieux essayer de rire ». Mais en réalité, « ils ont pris un coup de jeune », ils « innovent et profitent de leur retraite, au lieu de la passer à «refaire en moins bien ce qu’ils faisaient avant», souligne M. »Chatiliez, qui tenait à se distancer des sempiternelles représentations de l’âge d’or, en montrant ceux qui « mordent dans la vie à pleines dents ».

Du coup, « l’arrivée de Tanguy représente une interruption de quelque chose qui allait très bien », sourit-il. Le réalisateur constate qu’il n’y a pas d’âge pour revenir à la maison — un phénomène « tragique » lié à un contexte économique difficile, et l’appauvrissement général.

Reste que, « au-delà du phénomène sociétal », ce qui a aussi bien fonctionné avec Tanguy, c’est un sujet beaucoup plus profond et plus universel : c’est le fait que tous les parents du monde ont beau adorer la chair de leur chair... pendant une minute, chaque jour, il la déteste aussi. Et ils ont envie de la buter [l’étrangler]. Ça, c’est quelque chose de tabou, dont il est plus facile de parler derrière un écran — et qui permettait de se défouler », dit-il.

Une réalité que le cinéaste de 66 ans — qui a lui-même eu deux enfants (il en a élevé trois, précise-t-il) — connaît par expérience. « J’ai un fils de 28 ans qui est parti [de la maison] il y a 15 jours. Et le scénariste du film, Laurent Chouchan, a un fils de 29 ans qui est revenu, il y a deux semaines... C’est toujours les cordonniers les plus mal chaussés ! » lâche-t-il — façon Tanguy citant quelque proverbe confucéen plein d’apparente sagesse populaire — avant d’excuser les deux rejetons en invoquant les prix exorbitants des loyers parisiens, qui rendent « difficile la possibilité de voler de ses propres ailes ».