La déprime finit par passer, et Tanguy retrouve évidemment ses aises. Les sourires de papa-maman font place à de la crispation. Bref, ça recommence... et la courbe narrative est très fidèle à celle de l’original. Aussi prévisible que l’ellipse d’un boomerang.

Tanguy le retour: comme un boomerang ***

CRITIQUE / À la fin du premier opus, Tanguy finissait par s’installer en Chinem au grand soulagement d’Edith et Paul, ses parents. Dans les premières minutes de Tanguy le retour, on apprend qu’il y est toujours. Jusqu’à ce que ça sonne à la porte du domicile parental.

Ô surprise ! le fils prodigue débarque sans crier gare. Pas pour une visite de courtoisie, notez. Sa femme l’a quitté. Il est en larmes, dévasté par sa séparation. Et cette fois, il a non seulement ses valises sous le bras, mais aussi celles de sa fille, Zhu.

Premier réflexe parental : « Bienvenue, mon poussin ! Entre et sèche tes pleurs ! » Accueil. Bienveillance. Consolation. Croissants.

Et corollaire immédiat : « Merci maman. Je t’aime, maman. Je t’aime papa. »

Comme le chagrin lui fait négliger ses obligations parentales, les grands-parents en prennent une partie sur leurs épaules.

Et se montrent sensibles à son nouvel argument : s’il colle, c’est cette fois « pour le bien de sa fille », se justifient-ils.

Sauf que, connaissant leur oisillon, ils s’en méfient. Il a beau avoir 44 ans — soit 15 ans de plus que lorsqu’il a a fiché le camp du « nid » — il a aussi une réputation de glu. Et encore tout le potentiel pour continuer à coller aux semelles comme une vieille gomme balloune.

Puis la déprime finit par passer, et Tanguy retrouve évidemment ses marques. Puis ses aises. Et, rapidement, ses habitudes et sa libido. Bref, il s’installe. Les sourires de papa-maman font place à de la crispation. Bref, ça recommence... et la courbe narrative est très fidèle à celle de l’original. Aussi prévisible que l’ellipse d’un boomerang.

Edith et Paul, toujours aussi accueillants, s’avèrent incapables de chasser leur « grand flan mou ». Mais cette fois, ils n’attendront pas 30 ans avant de prendre les devants. C’est-à-dire avant de lui rendre la vie infernale, aussi subtilement que possible, afin que le séjour de Tanguy devienne inconfortable, et qu’il fiche le camp par lui-même.

À en juger par les mimiques de Sabine Azéma, André Dussollier et Eric Berger, le trio de comédiens d’origine, s’amusent visiblement beaucoup à renouer avec les exubérances et les truculents travers de leurs personnages : bonté hypocrite et candeur innocente ; crises de hoquet et injures ordurières qui défoulent ; maximes confucéennes au mieux opportunes, au pire ou absconses, etc.

L’humour, ici, passe beaucoup par le non verbal. C’est grossi, presque théâtral. On n’est pas obligé d’adhérer. Mais ça permet aux personnages d’être « lus » différemment. Ils semblent aujourd’hui plus manipulateurs, moins pétris de bonne volonté, qu’ils ne l’étaient 15 ans plus tôt.

Film mal reçu

Pour l’instant reçue très tièdement mal par le public et la critique, cette suite n’est pourtant ni meilleure ni pire que le premier opus. À quelques éléments près (la grand-mère n’est par exemple plus là pour tenir ses discours d’oiseau de mauvais augure ; l’entourage d’Edith et Paul se charge d’en prendre la responsabilité — c’est exactement la même dynamique, le même rythme et les mêmes ressorts. Ça vous semble « réchauffé » ? C’est précisément pour cela que ça s’appelle une « suite ».

À sa sortie, en 2001, Tanguy a laissé une marque indélébile. Au point qu’on peut aujourd’hui traiter quelqu’un de Tanguy, et que le message passe aussi bien que si on le traitait de Tartuffe ou de Séraphin. Au point aussi — croit-on — que les qualités du film original sont un peu fantasmées, surestimées.

On pourrait reprocher Étienne Chatiliez son manque d’originalité, mais le plaisir de retrouver le trio l’emporte sur notre esprit critique (ou sur notre mauvaise foi). On s’amuse à compter les points, au détour des ruses et de la méchanceté que cache tout cet amour familial.

On doit même reconnaître au réalisateur une certaine imagination, pour avoir su pondre un récit capable de reconstruire au détail près, malgré les 15 années qui les séparent, toutes les situations d’origine.

Dans un deuxième temps, il se permet très logiquement de grossir la farce.

On voit les choses venir assez vite, certes, mais globalement, le plaisir se prolonge, au fil de cette succession d’astuces scénaristiques pour étirer la sauce.

Tanguy le retour

Réalisateur : Étienne Chatilliez

Distribution : Sabine Azéma, André Dussollier, Éric Berger

COTE : ***

On aime : l’inventivité du scénario pour reproduire le plus fidèlement possibles des situations déjà vues

On n’aime pas : le jeu appuyé, un peu trop caricatural