Alice (Gemma Arterton) recueille Frank (Lucas Bond) dans sa maison où elle vit seule sur la côte du Sussex.
Alice (Gemma Arterton) recueille Frank (Lucas Bond) dans sa maison où elle vit seule sur la côte du Sussex.

Summerland : L’île qui flotte au-dessus de la mer *** [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Ne vous laissez pas tromper par le titre. Summerland ne désigne pas un endroit de rêve où on passe des vacances, mais un paradis païen. Quoiqu’à bien y penser, les deux s’amalgament dans le très beau, charmant et tendre long métrage de Jessica Swale. Un film qui évoque l’amour, la famille, la perte d’un être cher, l’imagination, les préjugés, mais sous un angle original, en plus de compter sur une actrice hors pair : Gemma Arterton.

Une chance parce que Summerland repose presque entièrement sur ses épaules. La Britannique interprète Alice Lamb (Arterton), une recluse excentrique sur la côte du Sussex qui se consacre à ses recherches sur le folklore et les mythes. Les villageois, surtout les enfants, la traitent de sorcière — nous sommes au début des années 1940.

L’égocentrique se voit toutefois forcé de recueillir Frank (Lucas Bond). Celui-ci a été évacué de Londres où vit sa mère — son père pourchasse les Allemands avec son avion.

Alice accorde peu d’attention à Frank, qui nuit à son travail. Mais sa carapace sert surtout à camoufler ses blessures : la mort de son père et un amour impossible. Or, la présence du jeune curieux, sa bonté et sa joie de vivre vont faire remonter chez la femme des réminiscences de cette période heureuse et lumineuse, et faire fondre sa réticence à l’engagement.

Peu à peu, la scientifique partage son travail, basé sur une illusion optique qui, dans des conditions idéales, permet l’apparition d’une île qui flotte au-dessus de la mer — le fameux Summerland. Jusqu’à ce que les affres de la Seconde Guerre mondiale finissent par assombrir l’horizon du duo et ramener le passé à la surface.

Inévitablement, Alice et Frank vont se lier.

Le principal intérêt de Summerland réside dans sa célébration du pouvoir de l’imaginaire — incarné par la volonté d’Alice de s’en nourrir pour oublier ses blessures. Arterton (007 Quantum, Gemma Bovery), de toutes les scènes, se sert de la grande expressivité de son visage et de la justesse de son jeu pour lui donner une profonde résonance. Le naturel du jeune Lucas Bond est aussi à souligner.

La réalisation ne casse rien — ce qui aurait été surprenant puisqu’il s’agit du premier long métrage de la dramaturge Jessica Swale. Le spectateur se doute bien que malgré les inévitables malentendus, déchirements et disputes, tout finira pour le mieux. Il y a un charme suranné assumé au film, même si le traitement s’avère contemporain.

Et après ? En période de pandémie, qu’une œuvre puisse être réconfortante — en nous rassurant sur la nature humaine — vaut certainement un peu d’indulgence. Surtout quand elle est tournée dans de magnifiques paysages, entre les blanches falaises de la côte et le déferlement des vagues de La Manche sur celle-ci.

Summerland est disponible en vidéo sur demande

Au générique

Cote : *** 

Titre : Summerland

Genre : Drame

Réalisatrice: Jessica Swale

Acteurs : Gemma Arterton, Lucas Bond, Gugu Mbatha-Raw

Durée : 1h40