Mélissa Désormeaux-Poulin éclipse tous ses complices, y compris Martin Matte, qui lui donne la réplique dans cette comédie de moeurs.

Solo sans faille pour un Trip à trois ***

CRITIQUE / Le trip à trois, c’est pratiquement un one woman show. Celui de Mélissa Désormeaux-Poulin. La comédienne éclipse tous ses complices, y compris Martin Matte, qui lui donne la réplique dans cette comédie de moeurs.

Ce film réalisé par Nicolas Monette explore la crise (s)existentielle d’Estelle, qui, à 34 ans, réalisant que sa vie – en général et sexuelle en particulier – manque de relief en raison de sa trop sage personnalité, décide de mettre soudain du piquant dans sa vie de couple.

Monette, à qui l’on doit Aurélie Laflamme: Les pieds sur terre, c’est avant tout un gars de TV (C.A., 3Xrien, la finale des Beaux Malaises). Pas un tâcheron, remarquez. Un artisan efficace. Mais pas le premier nom qui vient à l’esprit quand on cherche quelqu’un à qui confier le scénario d’un film d’auteur. Ça tombe bien, Le trip à trois n’en est pas un. 

C’est une comédie tout ce qu’il y a de plus efficace, convenablement bien tournée, rythmée et montée. Une comédie qui ne s’aventure pas vraiment hors du format «télé» (on pense – forcément – aux Beaux Malaises), mais qui trouve le ton juste – ni gnan-gnan, ni pudique-hypocrite, ni trash, et surtout pas moraliste – sur un sujet qui pouvait facilement sombrer dans bien des excès. Et, si elle ne brille pas par son intelligence, elle se tient très loin des comédies grasses. Et qui s’avère beaucoup plus sensible que ce qu’on en attendait, notamment grâce au personnage d’Estelle, vibrant et émouvant, pas du tout caricatural.

Un film qui, s’il ne surprend guère en définitive, ne déraille jamais. Et nous conduit sans encombres jusqu’à une finale étrangement décalée. 

Porté par ses deux charismatiques têtes d’affiche et un sujet qui pique la curiosité, et soutenu par son habileté à contourner les écueils, le film charme par son ton direct et le portrait moderne qu’il dresse d’une fémininité tout à fait assumée. Le trip à trois risque de cartonner au box-office. Ce que personne n’aura l’indécence de lui reprocher.

Donc, bravo M. Monette! Et félicitations à son scénariste, Benoit Pelletier, réalisateur de l’oubliable Ego Trip, mais plume tout à fait décente du Sens de l’humour, de récents Bye Bye et du spectacle Les Morissette. Le tandem mérite un deuxième «pouce levé» pour sa «scène d’exposition» parfaitement orchestrée: en quelques minutes, on rentre dans le vif des personnages, pourtant nombreux. Du travail d’orfèvre.

Mélissa Désormeaux-Poulin (30 vies, Ruptures, mais aussi Incendies et Gabrielle, au grand écran) est éclatante dans son rôle de femme organisée / mère responsable / amante prévisible qui se laissera convaincre – par ses amies et sa soeur croqueuse d’hommes (Bénédicte Décary, tordante) qu’on a droit au plaisir, et notamment celui d’explorer son côté olé-olé sans que ça fasse de nous une gourgandine partouzarde. 

Le trio de ses «chums de filles» aussi dépareillées qu’attachantes (incarnées par Bénédicte Décary, Geneviève Schmidt et Anne-Élisabeth Bossé), est d’ailleurs un des éléments très réussis du film. Le quatuor forme un choeur jubilatoire, digne de Sex and the City!

L’autre belle idée du scénario est de multiplier les personnages secondaires, dans des rôles toujours tenus par des acteurs de choix: la patronne (Karine Gonthier-Hyndman), la collègue (Julianne Côté), l’ami du couple (Rémi-Pierre Paquin), l’inconnue entreprenante (Catherine Bérubé), la danseuse nue (Florence Longpré) et quelques autres gueules sympathiques (Mylène Mackay, Martin Laroche, Pierre Brassard et Igor Ovadis). 

Du coup, le spectateur pourra s’amuser à essayer de deviner quel personnage, parmi les multiples possibilités offertes, tant féminines que masculines, a le plus de chances de décrocher le numéro 3 et de rejoindre Estelle et Simon dans leur lit conjugual. Bien entendu, le scénario s’amuse à nous perdre en fausses pistes et conjectures.

Martin Matte, de son côté, se fait étonnament discret, et laisse galamment tout le plancher – et la chambre à coucher – à sa complice. On aurait toutefois aimé le voir explorer un registre un peu plus différent de ce qu’il fait à la télé (certes, simon n’a pas l’arrogance baveuse du Martin des Beaux Malaises, mais à part ça, c’est un peu le même personnage, et le même faciès...)

Et puisque le ton film n’est pas au plaisir coupable, on avouera le nôtre à chaque intervention de la jeune Lily. Ce rôle de fillette bagarreuse (tenu par Romane Martins) bouscule les conventions, façon Les Beaux Malaises, et voilà qui est parfaitement rafraîchissant !


Au générique :

Cote : ***

Titre : Le trip à trois

Réalisateur : Nicolas Monette 

Acteurs : Mélissa Désormeaux-Poulin et Martin Matte