Sibyl (Virginie Efira) a décidé de remiser la psychanalyse, et ses patients, pour retourner à l’écriture. Mais sa rencontre avec Margot (Adèle Exarchopoulos) va la mettre en danger...
Sibyl (Virginie Efira) a décidé de remiser la psychanalyse, et ses patients, pour retourner à l’écriture. Mais sa rencontre avec Margot (Adèle Exarchopoulos) va la mettre en danger...

Sibyl: qui s’y frotte s’y pique *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Le malheur avec la fermeture des cinémas dans les zones rouges, c’est qu’il nous prive du bonheur de voir sur grand écran des films qui y gagnent en puissance. Triste ironie pour le jubilatoire de Sibyl de Justine Triet dont une partie se déroule… sur un plateau de cinéma en Méditerranée, avec de superbes images. Faisons contre mauvaise fortune bon cœur pour cette tragicomédie sublimement portée par Virginie Efira.

Même plus d’un an après sa présentation en compétition au Festival de Cannes, le souvenir de Sibyl reste vif. Justine Triet a retrouvé Virginie Efira, son actrice du très bon Victoria (2016), pour cette œuvre sur la dérive d’une femme qui va se mettre en danger, et pas à peu près, en voulant aider — croit-elle...

Ladite Sibyl (Efira) a décidé de remiser la psychanalyse, et ses patients, pour retourner à l’écriture. Mais on ne redevient pas romancière en claquant des doigts. Confrontée à la page blanche, elle accepte de recevoir Margot (Adèle Exarchopoulos).

La jeune actrice en détresse tourne avec son amant Igor (Gaspard Ulliel), dont elle est enceinte, mais ce dernier partage sa vie avec Mika (Sandra Hüller), la réalisatrice du film.

La source d’inspiration de Sibyl va peu à peu se muer en obsession. Parce que les discussions font remonter à la surface des souvenirs explosifs de sa liaison trouble avec Gabriel (Niels Schneider).

Reléguant l’éthique professionnelle au placard, Sibyl va s’identifier avec sa «patiente» jusqu’au transfert (qui fonctionne habituellement dans l’autre sens). «Consultante» sur le tournage, la romancière-psychanalyste va semer le chaos sur le plateau...

Le long métrage revisite des thèmes connus (réalité/fiction, le désir, le double, etc.) qui n’auraient pas détonné dans un Hitchcock ! Mais le doigté de Justine Triet permet d’emporter le morceau. Son sens de l’observation et sa direction d’acteurs s’avèrent remarquables.

C’est dire que Sibyl s’avère un petit bijou de film autant pour l’extraordinaire prestation de Virginie Efira — toute la distribution est solide — que le talent manifeste de Triet comme réalisatrice.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’une comédie dramatique classique. La perspective est celle d’un cinéma d’autrice, avec une véritable signature. Et une rare capacité à aborder des thèmes sérieux avec humour et subtilité.

Justine Triet s’amuse à jouer avec le miroir du cinéma. Le long métrage tourné par Mika, la fiction, se veut le reflet de la réalité des personnages, mais aussi de Sibyl, l’œuvre de la réalisatrice. Et aussi de la vraie vie : Virginie Efira et Niels Schneider forment un couple…

Mais on n’est pas obligé de multiplier les niveaux de lecture pour apprécier ce portrait d’une femme qui contemple l’abime à ses pieds!

Sibyl est offert sur la plateforme du Cinéma du Parc.

Au générique

Cote : *** 1/2
Titre : Sibyl
Genre : Comédie dramatique
Réalisatrice : Justine Triet
Acteurs : Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel, Niels Schneider
Durée : 1h40