Le Gatinois Boris Proulx a rencontré Carles Puigdemont en Belgique, à l’ambassade informelle de la Catalogne.

Première entrevue canadienne de Carles Puigdemont dans «La Catalogne en suspens»

Carles Puigdemont, l’ancien président indépendantiste de la Catalogne, a parlé pour la première fois à un journaliste canadien depuis son exil. Le journaliste gatinois Boris Proulx l’a rencontré cette semaine en Belgique pour son podcast «La Catalogne en suspens», qui fait l’état des lieux de la région après le référendum du 1er octobre 2017.

L’entrevue sera au cœur du cinquième épisode de sa série en baladodiffusion. Il sera en ligne en début de semaine.

En octobre dernier, Boris Proulx a reçu un courriel inattendu. Le bureau de Carles Puigdemont l’informait que l’ex-président, visé par un mandat d’arrêt européen après avoir organisé un référendum « illégal » et déclaré l’indépendance de la Catalogne, acceptait de lui accorder une entrevue.

La nouvelle était devenue inespérée. Pour récapituler : en juin dernier, le correspondant parlementaire du Journal de Montréal a été mis à pied. Le journaliste désormais indépendant est donc parti réaliser un rêve personnel en Espagne, où en six semaines, il a récolté la matière première de La Catalogne en suspens. À travers les regards de ceux qui vivent au quotidien les suites du dernier référendum, le balado en vient à une conclusion : « rien n’est réglé ».

« Les membres de l’ancien gouvernement sont encore en prison ou en exil, et il y a encore des manifestations toutes les semaines. Dans certains quartiers, c’est même tous les jours », a observé le journaliste, rejoint à Bruxelles via Skype.

Quant à Carles Puigdemont, l’ancien journaliste du Devoir et de Radio-Canada a lancé sa ligne à l’eau pendant qu’il était en Europe, sans succès.

La réponse est venue des mois après son retour à Gatineau. C’est que la figure de proue du mouvement indépendantiste avait été occupée dans les derniers mois. Après ses démêlés avec la justice allemande, il a travaillé à jeter les bases d’un nouveau parti politique et du Conseil pour la République, une sorte de gouvernement parallèle. Tous deux ont été lancés fin octobre, et enfin, le mercredi 7 novembre, Carles Puigdemont voulait s’adresser aux Québécois et aux Canadiens.

« Il reste du fascisme en Europe »

C’est à la Casa de la República, sa résidence et l’ambassade informelle de la Catalogne, que l’ancien président a enfin reçu Boris Proulx. Un peu nerveux, le reporter l’a salué, s’est installé, a appuyé sur le bouton « Record » de son enregistreur.

«Monsieur Puigdemont, comment vous sentez-vous en Belgique ?

— Bien et mal. Personnellement, l’exil est difficile», a-t-il répondu en français. Il est à l’abri de l’extradition en Belgique, mais il ne peut sortir du pays sans risquer d’être arrêté et livré à la justice espagnole.

Mais être à Bruxelles, où siègent plusieurs institutions de l’Union européenne, est nécessaire pour obtenir des appuis à l’international et préparer la construction de la République catalane. « L’ex-président Puigdemont est assez pressé que l’indépendance se fasse, donc il multiplie les initiatives, résume le journaliste. Il utilise toutes les manières possibles pour avoir encore de l’influence en Catalogne. »

L’intervieweur l’a confronté à la réaction canadienne. Au moment du référendum, le Canada avait reconnu une « Espagne unie », et souhaitait qu’une solution aux « problèmes internes » du pays soit trouvée « dans le respect de son cadre constitutionnel ».

Carles Puigdemont s’y est opposé. Non seulement la création d’un nouvel État est une question éminemment internationale, mais « ce n’est pas vrai que l’Espagne respecte la règle de droit parce que des politiciens sont en prison en ce moment », paraphrase Boris Proulx. « Les raisons pour lesquelles (le référendum) était illégal en Espagne, selon lui, c’est à cause des conséquences du fascisme de Franco. »

Le dictateur avait régné jusqu’en 1975, pendant les 13 premières années de la vie de Carles Puigdemont. « Lui a vu tout ce qui est arrivé : les policiers battre les manifestants, l’État espagnol qui ne reconnaissait pas celui catalan, les politiciens arrêtés après le référendum pour avoir consulté les Catalans. Toutes ces raisons, selon Puigdemont, sont des signes qu’il reste du fascisme en Espagne. Il l’a même comparé à l’Inquisition. »

Et, M. Puigdemont, pourquoi les Canadiens et les Québécois devraient-ils s’en préoccuper ? Le journaliste de 29 ans répète la réponse de son interlocuteur : « Si la démocratie est en péril quelque part, c’est la démocratie de partout au monde qui est en danger aussi. Ce qui se passe en Catalogne est un mauvais signe pour tous les autres peuples qui voudront faire l’indépendance dans le futur. Et ça, c’était un peu un message pour nous, les Québécois.»

« Il a lancé un message à Justin Trudeau et à nos politiciens. “Vous n’êtes pas obligés d’appuyer l’indépendance, mais s’il vous plaît, écoutez-nous.” »

Les épisodes de La Catalogne en suspens peuvent être écoutés sur Spotify, iTunes, Balados et sur d’autres plateformes indépendantes.