Pierre (Swann Arlaud) entretient un rapport obsessif avec ses 26 vaches, qu’il appelle chacune par son prénom.

Petit paysan: ah! la vache! ***1/2

CRITIQUE / Petit paysan ouvre avec une séquence très forte. Pierre est coincé entre ses vaches. Alors qu’il se fraie un chemin, le paysan remarque que les bêtes ont envahi jusque sa cuisine, où il se sert son café… La métaphore est assez évidente : son troupeau prend toute la place dans sa vie. Mais lorsque l’une d’elles démontre des symptômes de fièvre hémorragique, c’est la catastrophe. Qu’Hubert Charuel va nous faire vivre de l’intérieur avec une sensibilité remarquable.

Il est très rare que le cinéma français se penche sur sa ruralité, à moins que ce ne soit à propos du vin ou une comédie (Le bonheur est dans le pré (1995) de Chatilliez en étant le porte-étendard absolu). 

Un peu comme Thomas Lilti, un médecin, qui a réalisé les très bons Hippocrate (2014) et Médecin de campagne (2016), Hubert Charuel est bien placé pour évoquer cette réalité dans un drame social : il a grandi sur une ferme laitière. Qui sert d’ailleurs de décor à son film, tout comme son père, sa mère et son grand-père y occupent de petits rôles.

Ce qui aide grandement à la véracité du long métrage, jusque dans les gestes que Pierre (Swann Arlaud) doit accomplir avec ses bêtes. L’acteur accouche même une vache… Cette approche naturaliste, proche du cinéma-vérité, sert à camper l’action. Mais le propos est ailleurs.

Le jeune réalisateur va d’abord démontrer l’attachement presque maladif de Pierre à ses 26 vaches, qu’il élève seul, et qu’il appelle chacune par son prénom. On découvre tranquillement, surtout dans la relation amour-haine avec sa sœur vétérinaire (Sara Giraudeau), que le trentenaire entretient un rapport obsessif à ses animaux (le veau vit dans la maison avec lui et se couche sur le divan comme un chien…).

Lorsque Topaze démontre des signes de fièvre hémorragique, Pierre va tout mettre en œuvre pour sauver son cheptel de l’abattage prévu dans un tel cas. Notamment dissimuler sa maladie à déclaration obligatoire. Pendant que sa sœur tente de le raisonner en lui parlant du principe de précaution, le fermier va s’enfoncer dans la paranoïa.

Petit paysan est un plaidoyer puissant sur l’agriculture à échelle humaine, démontrant la solitude et l’écrasante charge d’un travail répétitif tellement accaparant qu’il ne laisse plus de temps pour rien. 

Sans rien surligner, Charuel met en parallèle la situation de Pierre avec celle de son voisin, qui possède une immense exploitation contrôlée par robots. Lorsque la situation se détériore, le petit paysan va chercher à s’informer auprès d’un homologue belge (Bouli Lanners), qui raconte son désespoir d’avoir tout perdu sur YouTube.

La détresse de Pierre est superbement incarnée par Swann Arlaud (Une vie, de Stéphane Brizé), dans un rôle tout en retenue, mais à fleur de peau. La réalisation de Charuel est un peu terne et manque d’imagination, malgré l’utilisation judicieuse d’ellipses. 

Un moindre mal. Dans ce drame social et psychologique, qui va peu à peu se muer en suspense, ce qui compte, c’est le point de vue exprimé, celui de Pierre, et la réflexion qu’il suscite sur la mécanisation et la déshumanisation de l’agriculture moderne. En France comme ici.

Présenté en première mondiale à la Semaine de la critique à Cannes 2017, Petit paysan est en nomination pour le meilleur premier film à la 30e cérémonie des Prix du cinéma européen (le 9 décembre). Il a remporté le prix du meilleur film au Festival d’Angoulême.   

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***1/2
  • Titre: Petit paysan
  • Genre: drame social
  • Réalisateur: Hubert Charuel
  • Acteurs: Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners
  • Classement: général
  • Durée: 1h30
  • On aime: l’approche naturaliste et intimiste, la belle sensibilité
  • On n’aime pas: le rythme lent, la réalisation terne