Claude Joli-Coeur, le président de l’Office national du film, avait fait face à un certain scepticisme lorsque l’ONF s’était fixé comme objectif d’atteindre la parité d’ici 2019 pour la réalisation de ses productions.

Parité à l’ONF: les sceptiques confondus

Lorsque l’Office national du film (ONF) s’est fixé, il y a deux ans, l’ambitieux objectif d’atteindre la parité d’ici 2019 pour la réalisation de ses productions, en plus de promettre que la moitié des budgets de productions seraient alloués à des films signés par des réalisatrices, son président Claude Joli-Coeur a fait face à un certain scepticisme.

«Au début, je me faisais dire : ‘‘Vous allez faire des compromis de qualité pour avoir des réalisatrices.’’ Continuellement, on se fait dire ça», a-t-il admis, mardi.

Deux ans plus tard, M. Joli-Coeur est satisfait des progrès réalisés, alors que pour l’année 2017-2018, 47 % des productions ont été tournées par des femmes, 38 % par des hommes et 15 % par des équipes mixtes. Le ratio est semblable pour ce qui est des budgets alloués.

Et les sceptiques qui craignaient les compromis de qualité ont été confondus.

«Nos récoltes de prix montrent qu’au contraire, 60 % de nos prix l’année dernière ont été remportés par des femmes, des prix importants dans des festivals importants. On a eu des œuvres marquantes qui ont été réalisées par des femmes. C’est un bel indicateur que quand on cherche, quand on se donne des objectifs, on trouve le talent qui amène des résultats», a noté le président de l’agence.

L’an dernier, l’ONF a poussé un peu plus loin son objectif, se lançant le défi d’atteindre la parité dans l’ensemble des postes clés de création d’ici 2020. De ce côté, il reste toutefois encore du travail à faire, admet M. Joli-Coeur.

Si en scénarisation, la présence des femmes se chiffre à 47 %, les femmes ne forment que 38 % des monteurs et 13 % des directeurs photo (sans compter les équipes mixtes). Seuls 4 % des projets comptaient une femme seule à la composition musicale, contre 86 % d’hommes et 10 % d’équipes mixtes. L’ONF admet d’ailleurs que «les efforts devront se poursuivre» de ce côté.

«C’est toujours complexe, parce qu’un réalisateur ou une réalisatrice veut souvent travailler avec une équipe avec laquelle il est habitué, il a sa zone de confort. Alors ça pousse le processus de création dans des zones, parfois, d’incertitude, mais les résultats sont vraiment là pour prouver que ça vaut la peine d’oser», explique M. Joli-Coeur.

«On s’était donné l’objectif de 2020 et quand on a pris cet objectif-là, beaucoup de gens m’ont dit : «C’est un peu casse-gueule, ça va être dur d’atteindre ça.» En même temps [...], j’aime mieux ne pas l’avoir atteint, mais d’avoir fait des progressions majeures, parce que ça veut dire qu’on est dans la bonne voie pour changer les choses.»

Pas juste des heureux

Le président de l’ONF admet par ailleurs que la course à la parité n’a pas fait que des heureux, puisque si le nombre de femmes à la réalisation est passé de 44 à 47 % entre 2016-2017 et 2017-2018, le pourcentage d’hommes est passé de 51 à 38 %. Les équipes mixtes — qui comptent au moins un homme et une femme — sont de leur côté passées de 5 à 15 %.

«C’est sûr que ça crée des insatisfactions, des malaises, indique-t-il. On ne fait pas de compromis, on cherche toujours à avoir les meilleurs projets, mais dans l’objectif de représenter la population canadienne. Si les hommes ont dominé dans le passé, c’est normal qu’ils en aient moins maintenant, parce que ce n’était pas représentatif de la population. Je dis aux gens qu’on s’en va plutôt vers la normalité.»

Il privilégie par ailleurs la mixité des équipes, qui permet un équilibre d’approches et de points de vue.