Le spectateur éprouvera plus souvent qu’autrement beaucoup de mal à trouver ses repères dans le déconcertant «Origami».

Origami: désordre temporel **1/2

CRITIQUE / L’origami est l’art de plier du papier pour lui donner les formes les plus diverses. Edward James Olmos en avait fait une spécialité dans le premier «Blade Runner». «Origami» est aussi le titre du déconcertant film de Patrick Demers, où un homme en proie à une immense culpabilité voyage dans le temps pour éviter que le pire arrive.

En dire juste assez, mais pas trop, tel est le défi rencontré pour livrer un compte-rendu de ce drame fantastique qui joue sur plusieurs niveaux de réalité. Il est question de voyage spatio-temporel (du moins, le croit-on), mais aussi du trouble intérieur d’un père (François Arnaud) en quête de rédemption après un terrible fait divers dévoilé seulement dans le dernier tiers du récit. Encore là, difficile d’en dire davantage sans passer pour un divulgâcheur.

Déconcertant, disions-nous, Origami l’est à plus d’un titre. Le puzzle bâti autour du personnage de David, spécialiste des estampes japonaises, se déploie pièce par pièce, au fil d’un scénario qui fait d’abord venir à sa rencontre un mystérieux écrivain nippon, celui-là même à qui le jeune homme avait fait parvenir ce livre qu’il n’a pas encore écrit et qui lui expliquera comment le temps est souple comme une feuille de papier. Suffirait de la plier et de faire toucher les deux bouts pour que se rejoignent le passé et le présent.

Dès lors, l’histoire se jouera du spectateur (et aussi de sa patience…) alors que le protagoniste se réveille à l’hôpital, fragile et fortement médicamenté, aidé par un père (Normand D’Amour) qui cherche à lui faire reprendre pied. Et, en parallèle, cette obsession d’un retour en arrière pour éviter la tragédie, de sauter sur la ligne du temps pour changer le cours des événements.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Patrick Demers (Jaloux) n’a pas emprunté le chemin le plus fréquenté pour son deuxième long-métrage. Ambitieux, son film l’est à plus d’un titre, à telle enseigne que le spectateur éprouvera plus souvent qu’autrement beaucoup de mal à trouver ses repères, ballotté entre un passé décomposé et un futur imparfait. Dans les circonstances, l’ex-participant de La course destination monde fait preuve d’une belle témérité, mais son tour de manège temporel laisse perplexe, malgré de belles qualités techniques.

Dans cet exercice où la cérébralité l’emporte sur l’émotion, François Arnaud tire son épingle du jeu avec une performance où l’essentiel passe davantage par le regard et la gestuelle.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: **1/2

Titre: Origami

Réalisateur: Patrick Demers

Acteurs: François Arnaud, Normand D’Amour, Milton Tanaka, Tania Kontoyanni, Benoît Gouin et Alexa-Jeanne Dubé

Classement: 13 ans +

Durée: 1h35

On aime: le jeu de François Arnaud, le travail sur l’image

On n’aime pas: la trop grande confusion du récit, le rythme parfois déficient