L'acteur Chris Pine est au TIFF pour la première du film Outlaw King.

Netflix débarque au Festival international du film de Toronto avec huit films

TORONTO - Si Netflix a réussi à révolutionner la façon dont nous regardons les séries télévisées, son incursion dans le cinéma ne fait pas autant jaser devant le distributeur d’eau du bureau.

Mais cela pourrait changer cette semaine alors que le géant de la diffusion en continu débarque au Festival international du film de Toronto (TIFF) avec une longue liste de films qui pourraient améliorer sa réputation auprès des cinéphiles et attirer le grand public, en plus de susciter des rumeurs de nominations aux Oscars.

Huit films produits par Netflix seront projetés au TIFF au cours des prochains jours, le plus grand nombre jamais présenté par l’entreprise au festival.

La sélection comprend l’épopée historique Outlaw King, qui deviendra jeudi soir la première oeuvre cinématographique d’un géant de la diffusion en continu à donner le coup d’envoi d’un festival de film international.

Après cela, Netflix présentera les premières mondiales du suspense Hold the Dark, d’un documentaire de Quincy Jones et du drame The Land of Steady Habits. Mais c’est Roma, un nouveau film en noir et blanc réalisé par Alfonso Cuaron, le réalisateur de Gravity, qui accumule le plus d’accolades depuis ses débuts au Festival de Venise le mois dernier. Les critiques prédisent que le film sera en lice aux prochains Oscars.

Toute cette attention positive est de bon augure pour Netflix si la société souhaite renforcer sa réputation comme producteur de films prestigieux et non d’usine à films médiocres, a expliqué la critique de films Hannah Woodhead, qui réside à Londres.

«Netflix essaie de prouver à tous ses détracteurs qu’il est un véritable studio et pas seulement un service de diffusion en continu, a précisé Mme Woodhead, qui écrit pour Little White Lies, un site sur le cinéma. Cela ressemble presque à une offensive de relations publiques.»

Boudé par Cannes et Hollywood

Mais les façons de faire de Netflix n’ont pas vraiment aidé sa réputation auprès de certains membres de l’industrie cinématographique.

Contrairement à d’autres géants de la diffusion en continu comme Amazon, l’entreprise a notoirement évité de sortir en salles la plupart de ses films, ne procédant qu’à de petits déploiements afin de permettre à certaines de ses productions de se qualifier pour les Oscars.

Cela a suffi pour que les organisateurs du Festival de Cannes expulsent Netflix de ses premières sur tapis rouge en mai dernier. Une nouvelle règle a interdit aux films de concourir pour le prix le plus prestigieux du festival s’ils n’étaient pas à l’affiche dans les cinémas français.

La décision ciblait Netflix et la société a donc décidé de claquer la porte du Festival de Cannes.

Netflix n’est pas non plus le chouchou d’Hollywood.

Même si des sommes considérables ont été investies pour aider des films comme Mudbound et Beasts of No Nation à remporter des prix, la compagnie n’a pas encore réussi à mettre la main sur un trophée dans l’une des grandes catégories des Oscars. Le film à gros budget Bright de Will Smith n’a pas impressionné les critiques et a rapidement été relégué aux oubliettes.

Au lieu de cela, Netflix a vu un certain nombre de ses films plus légers, comme la comédie romantique A Christmas Prince ainsi que les comédies pour adolescents The Kissing Booth et To All the Boys I’ve Loved Before, connaître du succès.

Des dizaines d’autres films, dont certains ont fait sensation dans des festivals, sont tombés dans l’oubli quelques jours après leur apparition sur la plateforme de diffusion en continu. Netflix ne fournit pas de chiffres sur ses audiences, ce qui rend impossible d’évaluer précisément combien de personnes regardent ses films.

Réalisateurs ouverts, mais prudents

Ces problèmes n’ont pas forcément nui à la position de Netflix auprès des cinéastes, qui veulent parfois simplement concrétiser leur rêve. Plusieurs vantent la liberté de création dont ils bénéficient sous la houlette du géant de la diffusion en continu, mais les commentaires ne sont pas toujours positifs.

L’image de Netflix a de nouveau été malmenée cet été lorsque les créateurs de Crazy Rich Asians ont reconnu avoir refusé une offre alléchante de la société en faveur d’un distributeur hollywoodien traditionnel qui leur avait promis une sortie complète en salles assortie d’une tournée promotionnelle.

Jason Gorber, un critique de cinéma établi à Toronto, ne pense pas que des expériences comme celle de Crazy Rich Asians menacent la réputation de Netflix auprès des réalisateurs, car il s’agissait d’un cas plutôt unique sur le marché du film.

La plupart des films de petite ou moyenne taille sont chanceux de profiter d’une sortie majeure en salles sans se faire piétiner par les superproductions, a-t-il expliqué. Il considère que la relation de Netflix avec les organisateurs du TIFF est mutuellement bénéfique.

«Le festival fournit la vitrine, le faste et le glamour pour des films qui n’auraient probablement pas très bien réussi au cinéma, a affirmé M. Gorber. Chacun a la chance d’être projeté en salle et de bénéficier de l’attention qui vient avec ce type de présentation alors que Netflix obtient de la publicité.»

Les huit films que Netflix prévoit proposer au TIFF cette année n’auraient probablement jamais pris l’affiche, de toute façon.

The Kindergarten Teacher de Maggie Gyllenhaal est un drame ayant été chaleureusement accueilli dans d’autres festivals, mais qui n’a pas de réelles perspectives commerciales. 22 juillet raconte l’histoire de l’attentat terroriste le plus meurtrier de Norvège et Girl met en scène une jeune ballerine qui envisage de subir une intervention chirurgicale de réassignation sexuelle.

M. Gorber pense que de tels films, qui ne risquent pas d’avoir du succès au box-office, ont une chance de prospérer sur les services de diffusion en continu où ils pourront être découverts au fil du temps. Il a ajouté que, si Netflix continuait à investir dans une variété de projets commerciaux et plus risqués, il était prêt à lui accorder son appui.

«Je pense que les films dans lesquels ils ont mis leur argent sont spectaculaires», a-t-il conclu.