«Monos» plonge dans les affres de la folie guerrière.
«Monos» plonge dans les affres de la folie guerrière.

Monos: La guerre est un jeu dangereux *** 1/2

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / «Monos» arrive dans nos cinémas bardé de prix et portant fièrement son titre de représentant de la Colombie aux Oscars pour le meilleur film international. Des honneurs qu’il n’a pas volés. Ce fascinant long métrage se veut une puissante allégorie de la condition humaine, superbement filmé dans des décors naturels à couper le souffle — et un plaidoyer implacable qui dénonce la folie guerrière et l’utilisation d’enfants-soldats.

Alejandro Landes était peu connu avant ce troisième effort, mais les choses risquent de changer avec Monos. Il met en scène huit adolescents qui se retrouvent dans des bâtiments abandonnés sur les contreforts d’une montagne colombienne.

Tous portent des noms de guerre (Big Foot, Rambo, Wolf, Lady, Swede, Dog…), pas nécessairement révélateurs de leur personnalité. Ils sont supervisés par un intense supérieur.

Avant de partir, le bien nommé Messenger (Wilson Salazar) leur confie la garde d’une otage américaine, Doctora (Julianne Nicholson), et d’une vache, Shakira, prêtée par la mystérieuse Organisation. Cette dernière doit revenir en bon état, précise-t-il.

L’isolement, l’ennui, l’alcool et les armes font toujours un mauvais ménage : Dog tue accidentellement Shakira. Ce qui entraînera des conséquences funestes. Ce déclencheur nous permet d’entrapercevoir leur réelle personnalité, les peurs, les désirs, les rivalités; tout ça, remonte à la surface. D’autant que le groupe fait face à un dilemme important : doit-il reporter l’incident à l’Organisation?

Ses membres seront bientôt tous terrorisés lorsqu’ils sont attaqués par des assaillants non identifiés — le conflit (dont on ignore tout) se rapproche. Ils doivent abandonner leur camp de base et s’enfoncer dans la jungle...

Cette deuxième partie sert encore plus de révélateur à la véritable personnalité des protagonistes, aux valeurs morales qui les gouvernent ainsi que la puissance de leur instinct de survie alors qu’ils adoptent des comportements tribaux.

Tant pour le décor que les enjeux, Monos évoque alors Délivrance (John Boorman, 1972) et La rivière sauvage (Curtis Hanson, 1994).

Dans cette descente aux enfers, Alejandro Landes met en lumière la force de l’endoctrinement et la folie guerrière ; les jeux de pouvoir entre mâles alpha et bêta ; les petites et grandes trahisons ; les injustices, mais aussi le courage de la raison...

La bande se veut un microcosme des gens qui composent la société.

Décrit comme ça, on pourrait penser que Landes tire dans toutes les directions. Il n’en est rien. Après la fin (ouverte), le spectateur réalise à quel point, dans un contexte souvent absurde, le cinéaste savait très exactement où tout ça allait nous mener.

Monos peut s’avérer désorientant parce que Landes a eu l’intelligence de laisser beaucoup d’espace aux supputations. En titillant sans cesse notre réflexion, notre engagement n’est que plus grand. Landes préfère l’implicite — la majorité des actes «violents» se déroulent dans le hors-champ. Il préconise aussi les longs plans, plus naturalistes, qui favorisent l’observation active.

En préservant de larges parts de mystère, il nous fait le véritable cadeau de ne pas nous offrir son propos tout cuit dans le bec.

Les réalisateurs qui font confiance à l’intelligence du spectateur sont moins nombreux qu’on pense. Quand ils nous livrent un magnifique film en prime, c’est tout le pouvoir d’évocation du cinéma qui s’en trouve magnifié.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Monos

Genre : Drame de guerre

Réalisateur : Alejandro Landes

Acteurs : Moisés Arias, Sofia Buenaventura, Julianne Nicholson

Classement : Général

Durée : 1h42

On aime : la puissante allégorie. La photo magnifique. La volonté de respecter l’intelligence du spectateur.

On n’aime pas : un peu de confusion.