Dans <em>Mon cirque à moi</em>, Patrick Huard joue Bill Bouchard, un clown professionnel qui vit dans sa roulotte avec sa fille de 12 ans Laura (Jasmine Lemée).
Dans <em>Mon cirque à moi</em>, Patrick Huard joue Bill Bouchard, un clown professionnel qui vit dans sa roulotte avec sa fille de 12 ans Laura (Jasmine Lemée).

Mon cirque à moi: la petite fille qui rêvait d’une vie normale

Guillaume Mazoyer
Guillaume Mazoyer
Le Soleil
Entre fiction et anecdotes réelles, le premier long-métrage de Miryam Bouchard offre une incursion dans le monde des enfants de clowns professionnels et autres, et une réflexion sur la paternité. Porté par Patrick Huard, Mon cirque à moi offre la chance de découvrir la jeune actrice Jasmine Lemée. Rare sortie de l’été, le film prendra l’affiche le 14 août prochain.

Clown professionnel, Bill Bouchard, interprété par Patrick Huard vit dans sa roulotte avec sa fille de 12 ans Laura (Jasmine Lemée) et avec Mandeep (Robin Aubert), l’accordéoniste de ses spectacles. Sa fille lui sert aussi d’assistante pendant les représentations et le suit dans sa tournée à travers le Québec, même si, pour se faire, elle doit manquer de nombreux jours d’école. Or, Laura n’a qu’une envie, c’est de la stabilité. Elle ne veut pas de la vie de son père. Elle est passionnée par ses études au secondaire et a un grand rêve: intégrer un collège privé. Mais c’est une idée hors de la portée financière de la famille

Elle fait alors la rencontre d’une professeure de mathématiques, interprétée par Sophie Lorain, une fumeuse invétérée, blasée par ses conditions de travail. Cette professeure va tout de même prendre la petite Laura sous son aile et l’aider en dehors des cours à atteindre son but.

Le film est «très très librement inspiré d’une histoire vraie», comme le précise la bande-annonce. Incorporant des éléments de la vie de la réalisatrice Miryam Bouchard, qui signe ici son premier long-métrage, Mon cirque à moi est une fiction fortement inspirée de son propre père, l’acteur et clown, Reynald Bouchard, décédé en 2009.

Loin d’être un biopic, c’est plutôt un film poignant sur l’acceptation de l’autre, tel qu’il est, dont certaines scènes sont tirées d’anecdotes réelles. «Je trouvais le scénario extraordinaire la première fois que je l’ai lu, c’est un univers complètement différent de tout ce que j’ai fait», relate Patrick Huard.

Du temps de sa célèbre série Taxi 0-22, Patrick Huard a eu l’occasion de côtoyer Reynald Bouchard, le temps d’un épisode. Il jouait alors un chauffeur de calèche ayant eu une collision avec le taxi, une scène devenue un classique. Dès le début du projet de Mon cirque à moi, l’interprète de Bill et la réalisatrice se sont mis d’accord: «Je ne vais pas jouer ton père, je vais jouer un père», lui a dit Patrick Huard, ce qui correspondait exactement au souhait de la réalisatrice.

Un père donc, ce Bill Bouchard, qui a ses défauts, qui n’est pas parfait, mais qui a un grand cœur et qui essaye de faire ce qu’il peut avec ce qu’il a dans la situation précaire dans laquelle ils se trouvent, sa fille et lui. «On a aussi quelque chose de très fort, Miryam, Jasmine et moi, car au moment où on a tourné nous étions tous les trois orphelins de papas, raconte Patrick Huard. Il y avait cette charge émotive qui était présente. Nous avons tous d’une certaine façon voulu rendre hommage à nos pères à travers Bill.»

Le long-métrage propose une réflexion sur le rôle du père. Selon l’acteur, la paternité c’est faire pousser des ailes à ses enfants. «Mais l’erreur de Bill c’est de croire qu’il va pouvoir choisir la destination de sa fille», explique Patrick Huard.

Jasmine Lemée, un talent à suivre

Le film est aussi porté par la performance de la jeune Jasmine Lemée. Sa prestation a épaté l’acteur confirmé, avec qui elle a développé une véritable complicité, tant à l’écran que sur le tournage. «Ça m’a fait penser entre autres aux premières fois avec Sarah-Jeanne Labrosse [NDLR: Bon Cop Bad Cop]», se remémore Patrick Huard.

Le vétéran acteur ne tarit pas d’éloges pour sa partenaire d’affiche. Le tournage, tout comme le film, a été parsemé de moments d’émotions. «C’est fabuleux ce que cette enfant peut donner comme sentiment, indique Patrick Huard. J’ai assisté aux instants précis où elle a découvert l’expression de ces émotions et donc à son apprentissage de nouveaux outils comme actrice. C’était merveilleux.»

Le public cinéphile québécois doit commencer à entendre son nom. «On va voir Jasmine Lemée souvent au cinéma», assure Patrick Huard.

Un coup de foudre professionnel

Passés en entrevue à deux jours différents, tant Patrick Huard que Miryam Bouchard ont utilisé sans le savoir la même expression pour qualifier leur collaboration sur Mon cirque à moi: ça a été un «coup de foudre professionnel». «Ça a été instantané pour moi, je me suis dit qu’il fallait que je travaille avec elle», indique Patrick Huard.

Connue pour ses travaux de réalisation pour des séries, comme M’entends-tu ou L’échappée, Miryam Bouchard signe avec Mon cirque à moi son premier long-métrage. Coécrit avec Martin Forget, c’est en discutant avec lui de ses souvenirs d’enfance que l’idée du scénario leur est venue. «Il m’a dit, je te le confirme, c’est loin d’être une enfance normale ce que tu as vécu», dit Miryam Bouchard avec un éclat de rire dans la voix. Optant pour une véritable fiction, la réalisatrice avait envie de faire ce film pour sa fille, et que l’héroïne principale, Laura, ait son âge.

Lorsque Patrick Huard a créé le personnage de Bill et Jasmine Lemée celui de Laura, les anecdotes réelles de Miryam Bouchard qui parsèment le film sont entrées dans le monde de la fiction. Mais celles-ci revêtent une symbolique forte pour la réalisatrice. Notamment dans la scène de l’enterrement du grand-père de Laura, où la procession du cercueil est entourée de clowns, de musiciens et de jongleurs, un moment similaire — en un peu plus carnavalesque — au réel enterrement du père de la réalisatrice. «Je connaissais plein de gens parmi les figurants, il y avait des membres d’une fanfare que je connais depuis que j’ai 4-5 ans, il y avait aussi mon chum, indique Miryam Bouchard. Cette journée de tournage a été un grand moment de bonheur.» Sa propre fille joue la figurante qui dépose le chapeau sur le cercueil.

Une autre scène marquante du film survient lorsque le clown Bill se fait arrêter par la police après avoir causé — non sans raison — un certain remue-ménage à l’inauguration d’un parc. Le maire d’arrondissement a voulu écourter le spectacle de Bill, pour pouvoir prononcer une allocution. Mais c’était mal connaître le clown, qui en a profité pour divertir davantage les enfants du parc, ce qui se solde par une course-poursuite à vélo. Trainé devant les tribunaux, Bill doit défendre ses actions posées et risque une amende salée, qui créerait un trou dans les finances déjà minces de la famille. «À la première lecture du scénario, j’ai dit à Miryam que je trouvais tout très crédible, sauf la scène du procès, confie Patrick Huard. C’est là qu’elle m’a dit que le texte était composé à 90 % du verbatim du procès de son père, qui a vraiment eu lieu.»

Mon cirque à moi est un film «lumineux» et bienveillant selon la réalisatrice, qui vient égayer cette période trouble de COVID-19. C’est aussi l’une des rares sorties cinéma de cet été. «L’enjeu du film est simple, universel, mais très poétique», poursuit Patrick Huard.

Même si la pandémie actuelle a mis plusieurs projets artistiques en pause au Québec, l’automne de Patrick Huard est déjà bien rempli. Sa série Escouade 99, une adaptation de la célèbre série Brooklyn 99, va sortir au courant de l’automne. Il animera également un talk-show quotidien, nommé La Tour.