Mon cirque à moi : tel père, pas vraiment telle fille ****

Guillaume Mazoyer
Guillaume Mazoyer
Le Soleil
CRITIQUE / Après les derniers applaudissements et la fermeture des rideaux, Bill le clown et son assistante redeviennent respectivement Bill Bouchard et sa fille Laura. La tournée à travers le Québec de Bill et les absences scolaires répétées de Laura sont devenues le mode de vie de la famille. Mais la jeune fille ne veut plus de cette réalité : elle rêve d’une vie normale, en école privée. Le résultat donne une comédie dramatique lumineuse et poétique, avec un Patrick Huard plus paternel que jamais et une solide performance de la jeune Jasmine Lemée.

Bill Bouchard (Patrick Huard) est un clown professionnel, monoparental, qui vit dans sa roulotte avec sa fille de 12 ans, Laura (Jasmine Lemée). Cette dernière est l’assistante de son père en spectacle lors de ses tournées. Le duo de la roulotte est rejoint par Mandeep (Robin Aubert), l’énigmatique accordéoniste du spectacle de Bill, qui est muet.

Les temps sont durs financièrement et Bill cherche à renflouer les caisses en repartant en tournée. Sa fille, elle, démarre l’école et s’avère être une très bonne élève, mais ses absences répétées en raison des spectacles ne passent pas inaperçues.

Admirative des histoires que la voisine de sa roulotte lui raconte sur sa vie en école privée, Laura rêve d’avoir le même parcours. Sa professeure de mathématiques (Sophie Lorain) décide de la faire travailler en dehors des cours pour lui faire réussir ses examens d’entrée.

Le hic, c’est que Bill ne peut pas se permettre d’envoyer sa fille en école privée. Pire, il ne comprend pas que Laura puisse autant rêver d’une vie normale. C’est la collision de deux mondes, deux visions, où le père comme la fille devront apprendre à faire cohabiter leurs ambitions et être libres d’être qui ils sont réellement.

Registre différent

Mon cirque à moi permet de découvrir un Patrick Huard touchant, dans un registre différent de ce que l’on voit habituellement. Il offre un Bill en figure paternelle qui, beau temps, mauvais temps, tente toujours de maintenir sa famille hors de l’eau. Les talents d’humoriste de Patrick Huard solidifient le côté comédie du film, qui est pourtant parsemé de réflexions profondes sur la paternité.

De son propre aveu, Patrick Huard dit s’être remémoré les débuts de Sarah-Jeanne Labrosse – Bon Cop, Bad Cop – en travaillant avec Jasmine Lemée. Et on a tendance à être d’accord avec lui. La jeune actrice offre une solide performance dans son premier long métrage, démontrant une large palette d’émotions et de sentiments qui véhiculent avec justesse les enjeux qui dépassent le contexte des scènes. C’est comme si elle était une vieille âme. Son parcours dans le monde cinématographique est définitivement à suivre.

Lorsque Bill et Laura sortent de l’univers idyllique du spectacle de «l’extraordinaire et unique, monsieur Bill», les scènes, habilement tournées en caméra à l’épaule par la réalisatrice Miryam Bouchard, viennent rappeler le fragile équilibre dans lequel vivent le père et la fille. Sans oublier Mandeep, l’éternel muet, au cœur de cet équilibre.

À quelques moments, on a envie d’intervenir comme spectateur pour régler la dispute, exprimer les non-dits, régler les conflits, mais réduit à notre condition derrière un écran, on ne peut pas. Mandeep, lui, a fait un vœu de silence et ne peut que s’exprimer par ses yeux. Le jeu de regards de Robin Aubert rehausse chaque scène où il est présent et nous permet d’y être, nous aussi, à travers ses orbites.

La force de Mon cirque à moi est de glisser rapidement des éléments de la réalité dans le scénario, sans perdre de vue son sujet principal. Par exemple, la voisine de Laura se fait intimider tous les jours en sortant du bus par deux garçons, car elle a un énorme appareil dentaire. «Godzilla! Godzilla!» se moquent-ils. Ou encore, la professeure aigrie qu’incarne Sophie Lorain demande à ses élèves de ne pas trop respirer, car la commission scolaire n’avait plus trop de budgets encore cette année pour retirer tout l’amiante présent dans les murs.

La réalisatrice Miryam Bouchard a conçu ce film comme un hommage à son père, clown, Reynald Bouchard. Elle s’est inspirée d’éléments réels de sa vie, sans en faire un biopic. Certaines scènes sont particulièrement invraisemblables, mais se sont réellement produites, selon elle. D’autres, plus normales, sont écrites de toute pièce. Où est la limite entre l’histoire vraie et la fiction? La réalisatrice brouille volontairement les lignes et c’est agréable, car ce n’est pas le plus important. C’est le message universel qui s’en dégage qui est essentiel : s’accepter soi-même et, surtout, s’accepter les uns et les autres comme nous sommes.

On rit, on est touché. De 7 à 77 ans, toute la famille trouve son compte avec Mon cirque à moi. C’est un film qui fait du bien. Dans la période morose qui frappe le monde aujourd’hui, il vient mettre un certain baume sur ces plaies, le temps d’une fin d’été.

Au générique

Cote : ****

Titre : Mon cirque à moi

Genre : Comédie dramatique

Réalisatrice : Miryam Bouchard

Acteurs : Patrick Huard, Jasmine Lemée, Sophie Lorain, Robin Aubert

Durée : 1h40