Milya Corbeil-Gauvreau estime s'être assez peu préparée à défendre le personnage qui l'attendait dans Les rois mongols, film de Luc Picard qui prend l'affiche ce vendredi 22 septembre.

Milya Corbeil-Gauvreau brille dans Les rois mongols

Milya Corbeil-Gauvreau estime s'être assez peu préparée à défendre le personnage qui l'attendait dans Les rois mongols, film de Luc Picard qui prend l'affiche ce vendredi 22 septembre. Et qui repose en grande partie sur ses épaules adolescentes.
Manon n'était pas un personnage ni une énergie acquis d'avance, pour la Montréalaise de 15 ans. « C'était mon premier premier rôle, et mon plus gros tournage à vie », dit-elle en se remémorant les quelque 35 jours de plateau, à Montréal et en Montérégie. 
Il s'agit même sans doute du « rôle le plus difficile » de sa jeune carrière, « à cause de l'époque historique et de l'accent », reconnaît celle qui a « apprivoisé le rôle au  jour le jour », en compagnie de Luc Picard - « c'est très agréable de se faire diriger par un comédien », précisera-t-elle - et de la coache de jeu Félixe Rosse.
« Difficile », d'abord parce que « Manon est très différente de moi. Elle n'a pas de filtre et dit tout le temps ce qu'elle pense. [...] Je suis beaucoup plus réservée », assure la comédienne - qui a récemment incarné une toute jeune Nelly Arcan dans le Nelly d'Anne Émond, et qu'on peut désormais voir au petit écran, dans la nouvelle télésérie radio-canadienne Faits-Divers, où elle campe la fille de la policière incarnée par Isabelle Blais.
Et puis, « C'est un rôle très émotif. Manon a beaucoup de rage au fond d'elle. » En tant que comédienne encore novice, « comment aller chercher cette émotion en dedans ? Contrairement à ce qu'on pense, il n'y a pas de truc ! Bien sûr, on doit penser à quelque chose qui nous fâche ou nous rend triste [...], mais ce qu'il faut, surtout, c'est de rentrer au maximum dedans. » Et le fait de devoir jouer « avec un accent québécois beaucoup plus prononcé » que le sien n'était pas non plus une sinécure, avoue-t-elle en riant. 
Milya Corbeil-Gauvreau brille pourtant d'aisance et de naturel dans son rôle de cheffe de bande. Un rôle d'autant plus important que toute l'essence de ce film d'époque repose sur ladite bande : quatre gamins (frères, soeur et cousins) qui s'enfuient loin des adultes et de leurs petites compromissions. Manon s'impose comme le moteur de cette bande partie à la campagne, un peu à l'aventure, un peu en cavale. Et ce, en pleine crise d'Octobre, les tensions sociales et politiques ayant en quelque sorte soufflé sur les braises de la crise d'adolescence de Manon. 
En guise de préparation préalable, la comédienne a participé aux nombreux visionnements (des films de genre comme Stand By Me et la série Stranger Things ; des documentaires d'époques et des fictions québécoises comme Les Ordres, ayant aussi pour cadre les événements d'Octobre 70) qu'organisait chez lui le réalisateur Luc Picard. 
Une façon pour lui de s'assurer que ses jeunes comédiens prennent conscience de la complicité familiale qu'il attendait d'eux. Et qu'ils commencent spontanément à nouer des liens, sans attendre le tournage.
La « stratégie » a marché comme sur des roulettes : « Entre nous, ç'a cliqué immédiatement. Puis les liens d'amitié se sont approfondis sur le tournage. [...] et Luc est presque devenu comme un père, pour nous », affirme l'adolescente.
Mais elle ne s'est pas contentée des visionnements organisés chez Luc Picard. Elle a, de son propre chef, pris la précaution d'approfondir ses connaissances sur la période historique revisitée par ce film (et par l'auteure Nicole Bélanger, puisque le film est une adaptation de son roman Salut mon roi mongol). « Je suis juste en secondaire 3, on n'a pas encore eu la chance de découvrir la crise d'Octobre à l'école. Alors j'ai lu plein d'articles et vu plein de documentaires. Je ne voulais pas arriver comme une poule pas de tête qui pose plein de questions »
Naturalisme
En revanche, elle n'a pas eu le droit d'ouvrir le roman de Nicole Bélanger. « Luc ne voulait qu'on lise le livre, parce que le scénario avait changé » et qu'il craignait que des éléments puissent « nous contaminer ». 
De ses jeunes acteurs, il attendait la plus grande fraîcheur et la sincérité la plus absolue, en matière de jeu. En dirigeant ses comédiens à la recherche de l'émotion juste, « Luc ne nous mettait jamais de pression. Il disait toujours : "on commence tout petit. L'émotion va finir par arriver". Et on pouvait reprendre les scènes autant de fois qu'on le souhaitait. Il ne voulait pas qu'on force quoi que ce soit. Sa phrase-clef, c'était "Donne-moi pas ce que t'as pas !" » se souvient la comédienne. 
Mais avec le recul, Milya Corbeil-Gauvreau repense à son aventure au côté de Luc Picard avec nostalgie. C'est qu'elle est à présent mieux en mesure de comparer la difficulté réelle que représentait le rôle de Manon, à présent qu'elle a endossé le rôle principal de Speak Love (Enfants du diable). Dans ce film d'Emmanuel Tardif, tourné en avril dernier, la jeunette tient un « personnage un peu fou, mais très le fun à jouer : une orpheline lesbienne et Asperger » (syndrome autistique).