Merveilleux est un film bouleversant sur un gamin né avec une malformation faciale (Jacob Tremblay), qui doit quitter le cocon familial pour aller à l’école.

Merveilleux: voir avec le cœur ***

CRITIQUE / C’est le Petit Prince qui disait : «On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.» Mais ça aurait très bien pu être August «Auggie» Pullman, le héros défiguré de Merveilleux (Wonder). Un film bouleversant sur la différence et le regard des autres destiné à émouvoir et qui ne s’en cache pas. Honnêtement, on s’attendait à bien pire du côté de l’émotion mercenaire.

Auggie (Jacob Tremblay) est né avec une malformation faciale que 27 opérations n’ont pas entièrement corrigée. Il vit à New York avec Isabel (Julia Roberts), une mère dévouée qui a mis de côté ses ambitions pour l’éduquer; Nate (Owen Wilson), un père compatissant, et Olivia (Izabela Vidovic), sa grande sœur devenue presque invisible pour ses parents.

Le garçon de 10 ans doit toutefois quitter le cocon familial pour aller à l’école, en cinquième année. Affronter le regard des autres, donc, leurs préjugés et leur méchanceté — de l’intimidation aussi, sujet malheureusement bien d’actualité. Mais aussi découvrir le pouvoir de l’amitié.

Bref, tout pour titiller les glandes lacrymales. Mais de l’humour bien placé et un centre d’intérêt qui se déplace aussi vers ceux qui l’entourent permettent de balancer les choses et d’offrir un récit prenant (malgré son aspect très prévisible).

Stephen Chbosky est un auteur et scénariste (Rent, 2005). Outre un long métrage à 23 ans, il est revenu derrière la caméra en adaptant son livre The Perks of Being a Wallflower, pour un très bon film éponyme (2012) qui, lui aussi, abordait la différence. Sans être un grand cinéaste, reconnaissons-lui assez de talent pour offrir une réalisation efficace dans cette adaptation du roman du même nom de R.J. Palacio.

À hauteur d’enfant

Sa caméra est presque toujours à hauteur d’enfants et épouse souvent le point de vue d’Auggie (jusque dans la caméra subjective quand il fait son entrée à l’école). Il ne cherche pas absolument à jouer avec les émotions du spectateur, mais certaines scènes sont un peu appuyées, surtout avec une trame sonore sirupeuse. Mais, bon, il y a aussi des chansons de Jack White et de Bruce Springsteen, on lui pardonne… 

Par contre, un peu moins d’avoir étiré la sauce, notamment avec la partie, vers la fin, de la sortie à la base de plein air, totalement inutile. On peut aussi lui reprocher de livrer un récit qui reste bien en surface.

Ironiquement, ce film qui propose un éloge de la différence et à aller au-delà des apparences reste dans le très conventionnel avec cette famille BCBG bien ordonnée. Même l’école (privée) et ses professeurs sont loin d’être hors-norme, bien au contraire.

Problème de riches? Non, il faudrait être d’un cynisme absolu pour ne pas être touché par ce garçon, superbement interprété par Jacob Tremblay (Room: le monde de Jack), qui fait face à l’intimidation avec grâce et dignité. C’est d’ailleurs ce qui fait la richesse de ce drame aigre-doux: des personnages très bien campés et joués.

On a rarement une galerie de personnages secondaires aussi solides, bien mis en évidence par la trame narrative. La plupart des enfants ont droit à leur segment, ce qui permet au spectateur d’aller plus loin que sa première impression et de découvrir les motifs des actions de chacun. C’est assez habile et cohérent.

Plusieurs auront besoin d’une tonne de mouchoirs — un peu comme dans la première partie de Lion (Garth Davis, 2016). Surtout avec, en prime, la fin heureuse du film pur bonheur…

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***
  • Titre: Merveilleux
  • Genre: drame
  • Réalisateur: Stephen Chbosky
  • Acteurs: Julia Roberts, Owen Wilson, Jacob Tremblay
  • Classement: général
  • Durée: 1h57
  • On aime: l’éloge de la différence. Les personnages bien campés. L’alternance de point de vue
  • On n’aime pas: le mélo parfois appuyé. Le récit en surface