«Les Mexicains savent mieux que nous apprivoiser le deuil. J’ai été vraiment inspirée», explique la réalisatrice Marquise Lepage à propos de son film «Apapacho, une caresse pour l’âme».

Marquise Lepage: Apprivoiser le deuil

L’inspiration surgit parfois à des moments inattendus. Marquise Lepage était en deuil lors d’un séjour dans un festival de cinéma au Mexique. On lui a proposé une visite dans un village pendant que se déroulait la Fête des morts. D’abord craintive, elle a vécu une épiphanie. De cette expérience est né «Apapacho, une caresse pour l’âme».

«Les Mexicains savent mieux que nous apprivoiser le deuil. J’ai été vraiment inspirée», explique-t-elle à propos de son long métrage qui met en scène deux sœurs aux antipodes dont leur frangine adorée vient de mourir. Estelle (Fanny Malette) et Karine (Laurence Lebœuf) décident d’effectuer leur voyage annuel malgré l’absence douloureuse de leur sœur.

Même s’il s’agit d’une fiction, la documentariste n’est jamais loin. L’approche cinématographique fait la belle place aux mœurs locales et aux gens du cru. Jusqu’à un certain point : Marquise Lepage a écarté les éléments qui auraient pu faire folkloriques. «Je voulais d’un film qui allait toucher l’âme du spectateur.»

Il est beaucoup question de la mort, du deuil et de la résilience dans Apapacho, mais aussi de la famille et des liens qui se créent (parfois) au sein de la fratrie. La réalisatrice a d’ailleurs dédié son film, à ses cinq sœurs, une première. «Je suis qui je suis grâce à mes sœurs. Elles ont été formidables.»

Un long métrage repose donc en grande partie sur des femmes. Marquise Lepage remarque qu’elle est plus encline à porter une parole de femmes dans ses œuvres, même si elle fait aussi une belle part à des personnages masculins. «Ce n’est pas que je n’aime pas écrire pour des hommes. C’est un univers que je connais plus. Il y a tellement peu de beaux grands personnages féminins [au cinéma] que ça me fait toujours plaisir d’écrire pour des femmes. Surtout quand c’est grandes comédiennes qui les jouent comme Laurence et Fanny. Même si j’ai écrit, et réécrit le film, il y a certaines scènes où elles m’ont eue. J’en ai pleuré.»

La cinéaste et ses actrices se sont rendues dans la vallée Tehuacán-Cuicatlán, qui fait partie du patrimoine mondial en raison de son histoire et de sa riche biodiversité. L’équipe technique d’une trentaine de personnes était composée aux deux tiers de Mexicains.

La réalisatrice de Marie s’en va-t-en ville (1987) et de Ce qu’il ne faut pas dire (2015) ne considère pas sa dernière offrande comme un long métrage sur la mort, mais bien «un film sur la réconciliation avec le deuil. Un film dramatique pourrait faire peur aux gens. Il y a des moments très drôles dans le conflit entre les deux sœurs. C’est un film qui propose une réflexion sur comment on fait pour passer à travers les épreuves et comment on fait pour continuer à avancer tout en gardant les disparus avec soi.»

Elle aimerait d’ailleurs que les spectateurs constatent que d’autres pratiques existent. Un conseil que Fanny Malette a mis en pratique à son retour. Avec un lampion de la Fête des morts qui lui a été offert, l’actrice a élaboré un petit autel avec la photo de sa grand-mère dans un cadre coloré. «C’est un hommage aux Mexicains et à ma grand-mère, explique-t-elle. Je trouve ça beau de montrer aux enfants qu’on peut garder un souvenir heureux.»

Le tournage d’Apapacho a eu une influence marquante sur Marquise Lepage. «J’ai commencé le film après la mort de ma sœur et quelques semaines avant la fin de la production, mon frère est mort. C’était comme boucler la boucle. Je les garde en vie de toutes sortes de façons.»

L’expérience «m’a transformée».