Marcello Fonte

Marcello Fonte: Le triomphe de l’underdog

L’histoire de Marcello Fonte, l’homme, est encore plus incroyable que celle de Marcello, le personnage, qu’il interprète dans «Dogman». Cet Italien exubérant, qui a grandi dans un quartier pauvre de la région de Calabre et connu des problèmes de consommation, a travaillé sans relâche pour atteindre son rêve de devenir acteur, acceptant petits rôles et boulots ingrats pour survivre. Matteo Garrone («Gomorra», «Reality») a crû en lui et son incroyable performance dans le puissant long métrage lui a valu le Prix d’interprétation à Cannes 2018.

Ce triomphe de l’underdog fut sans contredit l’un des moments les plus émouvants des dernières années sur la Croisette. L’homme de 40 ans, au physique atypique, exultait dans l’allégresse, porté par une formidable ovation qui saluait son interprétation nuancée et incarnée.

Fonte se glisse dans la peau d’un modeste toiletteur pour chien, séparé et père d’une fillette, dont la bonté et l’honnêteté sont estimées de ses amis. Jusqu’à la sortie de prison de Simoncino (Edoardo Fonte), qui terrorise le quartier. La brute va le faire chuter. Mais Marcello va concocter sa revanche…

Le Soleil a profité de son passage au Festival de Toronto (TIFF) pour s’entretenir avec Marcello Fonte par l’entremise de son interprète.

Q J’ai cru comprendre que votre participation dans une pièce avec d’anciens détenus vous a permis de décrocher ce rôle?

R C’est vrai. Matteo Garrone m’a rencontré alors que je travaillais dans une compagnie [de théâtre] avec d’ex-prisonniers. Je vivais dans un théâtre de Rome [comme gardien] où je documentais tout ce qui s’y passait. Cette compagnie y faisait des répétitions. Un des acteurs est décédé juste avant le spectacle. J’ai repris son rôle. Je suis donc devenu membre de la troupe. Matteo y est venu. Il m’y a vu et c’est pourquoi je suis ici maintenant.

Q Comment vous êtes-vous préparé pour interpréter ce personnage?

R Je me suis immergé complètement dans l’atmosphère du film. Je me suis rendu sur place [en banlieue de Naples] pour y vivre, m’inspirer de la vie des gens de la communauté. J’ai aussi observé pendant plusieurs semaines le travail d’un toiletteur au quotidien, voir ses gestes avec les chiens et comprendre le stress de ce genre de travail. J’ai découvert des parts de moi que je ne connaissais pas avant ce rôle.

Q Quelles parts?

R Je ne suis pas exactement violent (rires). Mais j’ai dû plonger dans mon côté sombre. Et j’ai aussi réalisé qu’il y a des circonstances dans la vie qui vous obligent à le confronter. Si quelqu’un vous frappe une fois, ça va, mais deux, trois, quatre fois? Cet instinct de violence va surgir.

Q Quelle était votre relation avec les chiens avant ce rôle?

R J’ai toujours aimé les chiens, qui m’ont beaucoup appris dans la vie. Ce sont les véritables protagonistes de ce film.

Q Était-ce plus facile de jouer avec eux ou avec Eduardo Pesce?

R Plus facile avec les chiens, de véritables acteurs (rires). Sérieusement, Eduardo Pesce était fantastique. Il faut comprendre l’amertume pour apprécier la douceur. Sans lui, le film n’aurait pas été le même. Nous éprouvions beaucoup d’empathie l’un pour l’autre.

Q Vous sembliez envahi par une immense émotion lorsque vous êtes monté sur scène au Festival de Cannes pour recevoir votre prix d’interprétation. Pouvez-vous me dire ce qui se passait dans votre tête?

R Je suis toujours sous le coup de l’émotion, sans cesse renouvelée par le contact presque quotidien avec les spectateurs. Je recueille beaucoup de messages de gens qui se disent inspirés par cette volonté de continuer à se battre dans la vie, peu importe les obstacles. Ces lettres me tiennent compagnie la nuit.

Q Dans vos rêves plus fous, est-ce que vous vous imaginiez ce qui vous est arrivé avec ce film?

R Bien sûr (rires). Je savais que la vie allait m’apporter quelque chose de grand, depuis que je suis tout petit. Et comme je suis un peu entêté, je n’ai cessé d’y croire. Peu importe à quel point vous travaillez dur pour y arriver ou comment, l’important est d’y arriver avec l’expérience que vous avez accumulée pour atteindre ce but. Je suis arrivé à Cannes où j’ai gagné ce prix, mais la vie m’y avait préparé. J’ai été capable d’y faire face. Je ne me suis pas réveillé un matin en disant : «je deviens un acteur.» Acteur est un métier comme un autre. Vous devez travailler fort pour l’exercer, pour développer vos compétences et faire face aux responsabilités qui viennent avec.

Marcello Fonte a aussi gagné le prix d'interprétation aux Prix du cinéma européen en décembre dernier.

Q Sur le plan professionnel, est-ce que ce prix vous a apporté plus d’offres de rôles?

R Bien sûr. Avant, personne ne savait qui j’étais et maintenant, tout le monde me veut (rires). Je joue dans deux films.

Q Vous êtes aussi réalisateur. Avez-vous l’intention de retourner derrière la caméra ou vous avez trop d’offres comme acteur?

R J’ai un projet sur lequel je travaille depuis un certain temps. Il s’agit d’un père qui tente de protéger sa famille de l’emprise de la mafia dans les années 1980, ce qui les condamne à vivre dans un dépotoir. C’est en fait l’histoire de mon père.

Q Vous évoquez votre père. Est-ce qu’il vous a prénommé Marcello en l’honneur du légendaire acteur Marcello Mastroianni (1924-1996)?

R Non. Mon père m’a prénommé Marcello parce qu’un de mes frères avait un très bon ami prénommé ainsi et il l’admirait. Mais il aimait beaucoup Marcello Mastroianni et nous avions l’habitude de regarder ses films ensemble.