Cécile de France et Édouard Baer, qui jouent presque dans des contre-emplois, sont tout simplement époustouflants.

«Mademoiselle de Joncquières»: vertueuse et diabolique ***

CRITIQUE / Non, «Mademoiselle de Joncquières» ne se déroule pas au Saguenay, mais plutôt à la campagne française au XVIIIe siècle. Où un marquis libertin tente de séduire une veuve imperméable au jeu de l’amour et du hasard. Emmanuel Mouret, habitué aux comédies de mœurs contemporaines, livre un film à costumes superbement joué et filmé, mais qui vaut surtout pour sa finale d’une logique implacable.

Il en faudra du temps, toutefois, pour y arriver. Et une certaine patience puisque la mise en place s’étire assez longuement. L’intention est louable. Mouret veut s’assurer que le spectateur a assimilé la psychologie des personnages et les rouages dramatiques qui font avancer le récit.

Son adaptation d’un récit de Diderot nous présente donc le marquis des Arcis (Édouard Baer). L’homme aux aventures sans lendemain s’est mis en tête de conquérir Madame de La Pommeraye (Cécile de France). Plus la veuve vertueuse lui résiste, plus le marquis déploie son charme et sa rhétorique. Et met notre patience à l’épreuve.

Il réussira dans son entreprise et, évidemment, s’en lassera après quelques années d’un amour sincère. Feignant l’indifférence à cette rupture, la veuve met en place un piège cruel pour se venger de cette terrible humiliation. Elle lui présente mademoiselle de Joncquières (Alice Isaaz), une jeune ingénue dénuée de tout esprit de libertinage, et sa mère calculatrice, une noble ruinée qui veut rétablir sa santé financière…

Mouret n’a pas intitulé son film Mademoiselle de Joncquières pour rien. Bien qu’elle arrive tardivement, la jeune femme joue un rôle crucial — elle est aussi la seule à avoir des scrupules dans ce marché de dupes. Diderot trace un portrait assez décapant de la nature humaine: jalousie, envie, hypocrisie, avidité… Mais aussi de ses bons côtés.

Le réalisateur de L’art d’aimer (2011) et de Caprice (2015) reste dans les mêmes thématiques, sauf qu’elles se déploient dans un film d’époque. Pour contrer le statisme qui vient avec les nombreux dialogues, parfois étourdissants mais aussi brillants, Mouret a choisi des plans-séquences soigneusement chorégraphiés et parfaitement exécutés ainsi que des ellipses judicieuses.

Il évite ainsi une certaine lourdeur qui vient avec le genre, ce que les jeunes loups de la Nouvelle Vague appelaient le cinéma de papa, avec son esthétique chargée. Mademoiselle… en est quand même un écho.

Comme pour une pièce de Molière, il faut un certain temps à l’oreille pour s’habituer à la musicalité de la langue soutenue de l’époque. Certains pourront d’ailleurs en être carrément agacés. Ou avoir la même réaction exaspérée en souffrant de cette musique d’époque insupportable.

N’empêche. Impossible de ne pas remarquer les qualités de ce drame d’époque où Cécile de France et Édouard Baer, qui jouent presque dans des contre-emplois, sont tout simplement époustouflants. Les voir jouer est un pur délice. Ce qui permet de mieux supporter le reste. 

AU GÉNÉRIQUE

* Cote: ***

• Titre: Mademoiselle de Joncquières

• Genre: drame

• Réalisateur: Emmanuel Mouret

• Acteurs: Cécile de France, Édouard Baer, Alice Isaaz, Natalia Dontcheva

• Classement: général

• Durée: 1h51

• On aime: la finale. Les plans-séquences. Le plaisir de jouer des acteurs

• On n’aime pas: une longue mise en place. Une réalisation empesée