Amy Ryan offre une performance sentie en mère monoparentale qui va remuer ciel et terre pour retrouver sa fille aînée disparue.
Amy Ryan offre une performance sentie en mère monoparentale qui va remuer ciel et terre pour retrouver sa fille aînée disparue.

Lost Girls sur Netflix: quelle justice?

Les tueurs en série ont nourri l’imaginaire de bien des créateurs. Or, ce qui donne froid dans le dos avec Lost Girls, diffusé sur Netflix, c’est que sous le couvert de la fiction, la douée Liz Garbus raconte une histoire bien réelle. Celle de la disparition de Shannan Gilbert, 24 ans, et sa recherche frénétique par sa mère qui mènera à la découverte des corps d’une dizaine de prostituées assassinées à Long Island, New York. Le genre de film qui vous fait hurler d’indignation, jusqu’au coup de massue à la fin — impossible de ne pas verser plusieurs larmes…

À ce jour, le tueur en séries de Long Island demeure toujours au large. Et le long métrage ne cherche pas à élucider le mystère des meurtres, même s’il pointe du doigt un suspect en particulier…

Liz Garbus a une solide expérience de documentaliste. La réalisatrice maintes fois primée et nommée deux fois aux Oscars, dont pour What Happened, Miss Simone? (2015), s’est appuyée sur le livre d’enquête de Robert Kolker, aussi intitulé Lost Girls (2013).

Elle nous fait entrer dans le quotidien désespérant de Mari Gilbert (Amy Ryan), monoparentale qui occupe deux emplois pour subvenir aux besoins de ses deux filles. Shannan, l’aînée, ne vit plus à la maison, mais vient régulièrement et aide financièrement sa mère. Elle appelle d’ailleurs pour annoncer sa visite le lendemain.

Puis plus de nouvelles… Mari va dès lors remuer ciel et terre pour la retrouver, surtout lorsqu’elle découvre que la police se traîne les pieds. L’enquêteur responsable du dossier affiche un mépris évident : «pourquoi chercher une prostituée?» On aurait le goût de lui répondre: «et la justice là-dedans?»

Le commissaire Dormer (Gabriel Byrne) va finir, lui, par prendre au sérieux cette femme de caractère au front de bœuf qui mène sa propre enquête et revient à la charge sans relâche. Liz Garbus ne nous décrit pas une mère parfaite, ce qui la rend, curieusement, plus attachante. La réalisatrice met plutôt en évidence la culpabilité qui la mine, l’espoir et la colère qui la poussent à s’assurer que personne n’oublie sa fille.

Mais son combat est inégal. Car Shannan a été vue pour la dernière fois chez un client qui habite un ensemble résidentiel fermé (gated community) — un endroit où les riches n’aiment pas beaucoup qu’on se mêle de leur vie privée…

Fiction documentée

Liz Garbus a opté pour la fiction, mais les réflexes de documentalistes demeurent présents dans sa démarche, notamment dans l’utilisation de reportages d’époque. Ce qui confère à l’ensemble une touche encore plus concrète et réelle. Elle réussit également à humaniser les disparues en démontrant qu’elles sont la fille ou la sœur d’autres femmes (réunies pour une veillée en leur mémoire).

On peut toutefois lui reprocher un traitement un peu caricatural des policiers impliqués dans l’enquête, même si on se doute bien que le portrait est fortement inspiré de la réalité.

Lost Girls peut également compter sur une performance sentie d’Amy Ryan (Gone Baby Gone, Birdman). L’actrice s’avère aussi crédible dans les excès de colère que dans la souffrance indicible causée par la disparition de Shannan.

Gabriel Byrne (Suspects de convenance, Le temps de l’aventure), en policier coincé entre son désir de résoudre le mystère et le pouvoir politique cherchant à l’étouffer, est à la hauteur de son talent habituel.

On a beau connaître les grandes lignes de ces meurtres sordides — il n’est pas interdit de faire une petite recherche avant de voir le film —, la réalisatrice réussit à nous scotcher à l’écran.

Et le spectateur d’ici ne pourra s’empêcher de faire un parallèle avec l’affaire Robert Pickton, arrête en Colombie-Britannique en 2002, qui a tué entre 6 et 49 femmes, disparues dans l’indifférence...