Olivier Gourmet joue le Duc d’Orléans dans «L’échange des princesses».

L’infatigable Olivier Gourmet

Olivier Gourmet était récemment de passage à Montréal où il était l’invité d’honneur de Cinémania. À ce festival, il jouait dans pas moins de quatre longs métrages. Un chiffre révélateur de la passion cet acteur touche-à-tout «sans plan de carrière» et au large registre.

L’éclectique Belge de 55 ans s’est confié au Soleil sur son amitié avec les Dardenne, ses souvenirs de son tournage avec Philippe Falardeau et son hésitation à jouer dans le nouveau Polanski, qu’il tourne en ce moment à Paris.

Q Vous approchez la centaine de films depuis vos débuts. Comment faites-vous pour tenir le rythme?

R C’est pas si compliqué. Si vous regardez ma filmographie, sur un an, je fais quatre, cinq films, mais ce ne sont pas tous des rôles principaux. Et même dans ce cas, il y a moins de jours de tournage qu’avant avec les conditions économiques, on se retrouve à 30, 35 jours par film, ça fait 70. Dix jours par rôle secondaire, on arrive à 100 dans l’année. Il en reste toujours 265 de libres. Il y a encore beaucoup de choses que je pourrais faire. J’en fais pas encore assez, je trouve (rires).

Q C’est aussi ce qui me frappe. Vous avez travaillé avec les plus grands réalisateurs européens, mais vous acceptez des rôles modestes. Ce qui n’est pas le cas de tous les acteurs.

R Parce que je n’ai pas de plan de carrière ni de statut à préserver. Chacun fait ce qu’il veut. Mais à partir du moment où le sujet et le réalisateur m’intéressent et que j’ai été ému par ce que j’ai lu et ce qu’on me propose, il n’y a pas de raison que je ne le fasse pas. Il y a quelques films que j’ai faits où je n’étais pas totalement convaincu par le scénario, mais où le personnage secondaire m’intéressait ou la scène à défendre était amusante. J’ai fait des films où l’histoire m’intéressait, mais le personnage, moins. De tout petits rôles, j’en ai fait aussi pour défendre des films intéressants, participer à une aventure.

Q Vous avez réellement commencé votre carrière d’acteur en tournant La promesse (1996). Que représentent les frères Dardenne, des compatriotes, pour vous?

C’est devenu des amis. Ils viennent de terminer [Ahmed], c’est le premier film des Dardenne [depuis La promesse] dans lequel je ne suis pas. À une certaine époque, on disait que j’étais le troisième frère. Ce sont eux qui m’ont donné l’occasion de faire du cinéma, les premiers à m’offrir un rôle important. C’est plus que des amis : ce sont des gens avec qui je partage un regard, un respect de l’autre, une vision sur la politique, sur le quotidien, sur plein de choses. Ils m’ont mis le pied à l’étrier, je leur dois beaucoup. Et comme probablement eux l’estiment, ils me doivent beaucoup (rires). En toute modestie. Puisqu’après La promesse et Rosetta (1999), ils m’ont dit: “On te doit des choses, on va t’écrire un film.” C’était Le fils (2002). Ce sont eux qui l’ont dit, pas moi.


« C’est curieux, mais il y a plein de gens en France qui croient que je suis Français »
Olivier Gourmet

Q Dans la même veine, n’est-ce pas étrange pour un Belge de jouer le duc d’Orléans dans L’échange des princesses (qui prend l’affiche au Québec)?

R (rires) Si, mais ce n’est pas la première fois. Il y a L’exercice de l’État (2011), où je jouais un ministre français. J’avais rencontré ensuite [l’ex-président français] François Hollande, qui m’avait demandé alors qu’il remaniait son gouvernement: «Vous n’avez pas été ministre, vous?» Je lui avais répondu: «Si vous cherchez un bon ministre, je veux bien.» C’est curieux, mais il y a plein de gens en France qui croient que je suis Français. J’ai pas de souci avec ça à partir du moment où le personnage m’intéresse. Or, le Duc d’Orléans, c’était un sacré personnage. On pourrait faire un film sur sa vie.

Q Vous êtes dans une veine historique après ce long métrage; Un peuple et son roi, sur la Révolution française; et Edmond, à propos de l’auteur de Cyrano de Bergerac. Vous débuterez bientôt le tournage de J’accuse sur l’affaire Dreyfus. Ça ne vous fait pas peur le controverse qui entoure Roman Polanski?

R (rire embarrassé) Je la passerais bien, celle-là. C’est difficile de parler de ça. Ça touche l’intimité de l’homme. J’ai mon jugement et il m’appartient. Quand il m’a proposé le rôle, inévitablement, la question s’est posée. Et elle se pose toujours. Vous remuez un peu le couteau dans la plaie, je dois dire.

Q Avant de vous laisser, puisque vous êtes de passage au Québec, quels souvenirs conservez-vous de Congorama (2006), qui vous a valu le Jutra du meilleur acteur avec Paul Ahmarani, et de Philippe Falardeau?

R Des souvenirs chargés de plaisir. Ça a été un mois et demi de plaisir à me lever chaque matin pour me retrouver sur le plateau. Il y a quelque chose de similaire avec les équipes belges, même si j’en n’ai fait qu’un [film québécois]. Ce même détachement, cette même insouciance. On ne se prend pas au sérieux, tout en étant dans une vraie rigueur du travail, mais avec une vraie distance et du plaisir. Souvent en France, c’est trop hiérarchisé. Ce détachement amène plus naturellement à la création.

Q Les Belges et les Québécois, on partage beaucoup de choses, ne serait-ce que Monia Chokri [qui a joué dans quelques films belges]...

R (rires) On dit aussi dîner et souper, deux choses importantes dans la journée. Et l’amour de la bière. Vous avez la poutine, mais nous, on ne fait pas les frites comme ça (rires).

+

OLIVIER GOURMET EN CINQ FILMS

2002: Le fils (Jean-Pierre et Luc Dardenne)

2006: Congorama (Philippe Falardeau)

2009: Un ange à la mer (Frédéric Dumont)

2011: L’exercice de l’État (Pierre Schoeller)

2013: Grand Central (Rebecca Zlotowski)