L’ex-président d’Uruguay José Mujica est le sujet du nouveau film d’Emir Kusturica, présenté la semaine prochaine à la Mostra de Venise.

L’ex-président «Pepe» Mujica vedette de cinéma

MONTEVIDEO — Ex-guérillero truculent au style informel et austère, l’ancien président uruguayen José Mujica, qui vient de renoncer à son siège de sénateur pour se consacrer à la «bataille des idées», continue d’être aussi adulé à l’étranger qu’il est contesté dans son pays.

Devenu célèbre dans le monde entier pour son refus des conventions à l’époque où il dirigeait l’Uruguay (2010-2015), José Mujica, 83 ans, dit «Pepe», doit assister dans les prochains jours à la 75e Mostra de Venise (du 29 août au 8 septembre) à la projection en avant-première du documentaire du serbe Emir Kusturica, Pepe, une vie suprême, qui lui est consacré.

Promoteur de mesures pionnières comme le mariage homosexuel et la légalisation du cannabis, ce chantre anti-consommation reversait la quasi-totalité de ses revenus à un programme de logement social, s’attirant le surnom de «président le plus pauvre du monde».

Mais dans son pays, ce président de gauche, rond et moustachu, a laissé un bilan plus contrasté.

Ses résultats macroéconomiques «ont été mauvais. Son gouvernement a fini avec un déficit de 3,5 % du PIB qui a placé la dette publique sur une voie intenable», déclare l’économiste libéral Javier de Haedo à l’AFP. «Mais son style de gouvernement a été encore plus mauvais que ses résultats [...]. L’éducation a empiré [...] et nous n’avons pas progressé dans notre intégration dans le monde.»

En face, le jeune député Sebastian Sabini du Mouvement de participation populaire de M. Mujica, a une lecture opposée : si l’on regarde les indices économiques «rétrospectivement», on voit qu’il y a eu «une création d’emplois importante, une chute des inégalités et une hausse du niveau des revenus».

Le réalisateur serbe a tourné en décembre en Uruguay.

Guérilla
«Pepe» est un des fondateurs de la guérilla d’extrême gauche des Tupamaros. Blessé par balles en 1970, il fut emprisonné toute la durée de la dictature (1973-1985).

Mais s’il n’a jamais caché sa «sympathie» pour le défunt président vénézuélien Hugo Chavez, il se comparait plus volontiers au président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva.

«Mon modèle, c’est Lula, parce qu’il utilise cette méthodologie consistant à faire de la négociation permanente le centre de sa politique», expliquait l’ex-président.

C’est au cours d’une visite au Brésil que «Pepe» avait d’ailleurs passé son premier costume, suivant les pas de l’ancien syndicaliste brésilien. «J’ai perdu trois élections sans costume. J’en ai mis un pour la quatrième et j’ai gagné», lui aurait dit Lula.

«Pepe» doit sa popularité tout d’abord à sa personnalité truculente et à son verbe spontané, sans langue de bois et souvent polémique, qu’apprécie sa base électorale.

Ministre de l’Agriculture de 2005 à 2008, il revendique ses racines paysannes à tel point qu’il avait proposé d’organiser ses conseils des ministres dans sa petite ferme des environs de Montevideo, où il continue de cultiver des fleurs.

Difficile à classer, Mujica a été pour la méthode forte contre les toxicomanes, pour le développement des biotechnologies dans l’agriculture, mais aussi pour ouvrir les vannes de l’immigration en Uruguay, petit pays de 3,3 millions d’habitants à la population vieillissante.

Il est marié il y a quelques années avec Lucia Topolansky, ancienne guérillera, après 25 ans de vie commune. Sénatrice de la majorité la mieux élue, elle est devenue en 2017 vice-présidente d’Uruguay, après la démission de Raul Sendic, visé par plusieurs scandales.