.Une partie des neufs traducteurs confinés dans un bunker de luxe.
.Une partie des neufs traducteurs confinés dans un bunker de luxe.

Les traducteurs: À en perdre son latin ***

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Appelons ça synchronicité ou heureux hasard, Les traducteurs, le deuxième long métrage de Régis Roinsard, offre un huis clos avec dix personnages… confinés ! Ils ne le sont toutefois pas en raison d’une pandémie, mais bien pour le travail (insérer ici votre métaphore favorite sur l’aliénation ouvrière). Et ça va mal se passer…

Les protagonistes de ce suspense chargé sont en effet enfermés dans un luxueux bunker, sous la houlette du tyrannique éditeur Éric Angstrom (Lambert Wilson). Ils sont rassemblés pour la traduction, dans leur langue respective, du dernier tome de la trilogie à succès Dedalus, du mystérieux auteur Oscar Brach, et tenus au secret le plus strict.

Mais trois semaines après le début de leurs travaux, les dix premières pages fuitent sur Internet. Et le pirate exige une somme faramineuse pour ne pas dévoiler le reste du roman…

On vous rassure : dès le deuxième acte, nous sommes transportés à l’extérieur du bunker alors que Rose-Marie Houeix (Sara Giraudeau), l’assistante d’Angstrom, enquête sur la fuite. Même chose grâce à des retours en arrière judicieusement utilisés qui lèvent (un peu) le voile sur l’homme qui se cache derrière Oscar Brach.

Puisqu’il d’abord et avant tout d’un whodunit, pas question ici de jouer au divulgâcheur. D’autant qu’à ce chapitre, Roinsard (Populaire) et ses coscénaristes se sont bien tirés d’affaire.

Malgré tout, l’intérêt réside surtout dans les interactions entre les traducteurs. Leur nombreuse présence s’avère un prétexte idéal à une solide distribution qui comprend, notamment, Olga Kurylenko, Sidse Babett Knudsen, Alex Lawther et Riccardo Scamarcio.

Le récit impose, du coup, des parallèles avec Dix petits nègres d’Agatha Christie, une référence voulue, et une certaine représentation de l’Union européenne.

Les traducteurs cherche aussi à critiquer, comme beaucoup d’autres, l’emprise du capitalisme débridé au détriment de l’art. Le long métrage emprunte de gros sabots et n’apporte rien de neuf sous cet angle, malheureusement.

La production s’est donné beaucoup de mal pour faire exister la trilogie Dedalus, avec des clins d’œil appuyés à Millénium. Notamment le fait que comme pour l’œuvre posthume de Stieg Larsson, elle obtient un succès critique et public. En fait, les références à la littérature sont nombreuses, sans entraver la compréhension de l’action — les manquer ou pas ne change rien.

Lambert Wilson incarne le tyrannique éditeur Éric Angstrom.

Il est délicat de reprocher à un réalisateur ses efforts pour éviter les temps morts et offrir un divertissement — intelligent — au spectateur. Mais Roinsard, en optant pour une succession de films de genre, sans trop jouer avec les codes d’ailleurs, a surchargé Les traducteurs. Et accumulé les invraisemblances. Le cinéaste aurait dû se rappeler: qui trop embrasse mal étreint !

On passe un bon moment, mais cet hommage appuyé à Hitchcock ne laisse pas un souvenir impérissable, contrairement aux films du grand maître.

Au générique

Cote : ***

Titre : Les traducteurs

Genre : Suspense

Réalisateur : Régis Roinsard

Acteurs : Lambert Wilson, Olga Kurylenko, Sidse Babett Knudsen, Alex Lawther

Durée : 1h45