À plus de 50 ans de distance, les scènes des <em>Sept de Chicago </em>ont une forte résonance actuelle.
À plus de 50 ans de distance, les scènes des <em>Sept de Chicago </em>ont une forte résonance actuelle.

Les sept de Chicago : Autopsie du procès politique *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Cinquante et une années séparent le vrai procès des Sept de Chicago du brillant réquisitoire filmique d’Aaron Sorkin. Et on se demande ce qui s’avère le plus fou : que ce procès politique grand-guignolesque ait eu lieu ou qu’il existe une possibilité que les événements puissent bien se reproduire de nos jours dans une cour américaine…

1968 : les assassinats de Martin Luker King et Robert F. Kennedy et les 1000 morts par mois au Vietnam déchirent les États-Unis. Dans ce contexte explosif, plusieurs veulent manifester à la convention nationale que tiennent les démocrates à Chicago. Le maire Richard Daley refuse de délivrer les permis nécessaires.

Une intimidation dont font fi, entre autres, trois groupes : des étudiants pour une société démocratique, menés par Tom Hayden (Eddie Redmayne) et Rennie Davis (Alex Sharp) ; une alliance d’activiste de la contreculture, avec à leur tête Abbie Hoffman (Sacha Baron Cohen) et Jerry Rubin (Jeremy Strong), ainsi qu’un comité de mobilisation pour la fin de la guerre, représenté par David Dellinger (John Carroll Lynch), John Froines (Daniel Flaherty) et Lee Weiner (Noah Robbins).

Ces protestataires pacifiques sont inculpés pour conspiration devant un juge hostile sept mois après les sanglantes émeutes de Chicago (et quelques semaines après l’arrivée au pouvoir de Richard Nixon) avec, en prime, Bobby Seale (Yahya Abdul-Mateen II), cofondateur des Black Panther, qui a passé quatre heures sur place… C’est l’épouvantail qu’on agite pour faire peur aux membres du jury.

Les protestataires pacifiques sont inculpés pour conspiration devant un juge hostile sept mois après les sanglantes émeutes de Chicago.

Le procureur Richard Schultz (Joseph Gordon-Levitt) déplore la manœuvre politique dès le départ : le procès va laisser l’impression qu’on s’attaque à la liberté d’expression, leur donner en plus une plate-forme et une visibilité inespérées. Mais la justice peut broyer même les plus résistants !

Aaron Sorkin s’avère, sans contredit, le plus talentueux scénariste contemporain (Le réseau social, Steve Jobs...). Une réputation qui lui a permis de réunir cette distribution du tonnerre. La qualité de ses savoureux dialogues porte, d’ailleurs, sa forte signature : un vrai régal.

Mais pas seulement. Après une introduction en accéléré de la situation sociopolitique et des principaux protagonistes, il amorce sa production comme un film de procès.

Joseph Gordon-Levitt, à droite, dans la peau du procureur Richard Schultz.

Puis, pour en briser la routine qui pourrait s’installer, les retours en arrière s’intercalent pour révéler ce qui s’est passé. On voit comment une manifestation pacifique peut rapidement devenir violente, mais on l’entend aussi : Abbie Hoffman profitait de ses fins de semaine pour donner des conférences-bénéfices, qui prennent la forme de numéros de stand-up dans le film. Avec Sacha Baron Cohen au micro, le résultat s’avère formidable…

Il s’agit, selon le point de vue, de la principale faiblesse ou force des Sept de Chicago. Cette volonté d’amuser la galerie avec un sujet aussi sérieux le rend déridant, par moments, ce qui diminue l’impact des scènes plus dramatiques, pour ne pas dire perturbantes.

Pour sa deuxième réalisation, après Le jeu de Molly (2017), l’Américain ne se distingue pas outre mesure par sa créativité, mais difficile de s’en formaliser. D’autant qu’il réussit à maintenir tendu l’arc narratif des frères ennemis : Abbie Hoffman et Tom Hayden. Opposés sur les moyens, mais réunis par un but commun, la crispation demeure vive entre les deux hommes, extrêmement brillants.

Quiconque peut tracer des parallèles avec la situation actuelle où des dérives totalitaires peuvent conduire une démocratie au bord du précipice. Malgré des longueurs, Les sept des Chicago mérite de figurer dans les meilleurs longs métrages de 2020 et sa pertinence, à l’aube des élections américaines, coule de source.

Les sept de Chicago est offert sur Netflix.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Les sept de Chicago

Genre : Drame historique

Réalisateur: Aaron Sorkin

Acteurs : Sacha Baron Cohen, Eddie Redmayne, Joseph Gordon-Levitt, Mark Rylance

Durée : 2h09