Marie-Claire (brillante Brigitte Poupart), une universitaire décomplexée et libre, explore la réaction physiologique des cellules durant l’acte sexuel dans «Les salopes ou le sucre naturel de la peau».

«Les salopes...»: sexe féminin ***1/2

CRITIQUE / Avec un titre comme «Les salopes ou le sucre naturel de la peau», Renée Beaulieu a toute notre attention. Il serait erroné, toutefois, de croire que le titre est une provocation. Il traduit surtout l’ampleur de cette proposition audacieuse, tant sur le fond que la forme. Son film explore le désir et la sexualité féminine, mais aussi le double standard encore en vigueur chez les hommes et les femmes. Et il est porté par une interprétation incandescente et splendide de Brigitte Poupart.

L’actrice incarne Marie-Claire, une universitaire décomplexée et libre qui explore la réaction physiologique des cellules durant l’acte sexuel, selon qu’il est consommé avec ou sans amour. Passionnée par le sujet, elle n’hésite pas à effecteur des prélèvements sur sa propre peau. Ou celle de ses «cobayes».

Marie-Claire a beau être très heureuse avec Adam (Vincent Leclerc) et mère de deux ados, elle ne s’empêche pas de coucher avec différents partenaires — des scènes filmées de façon très crue et réaliste. Le couple n’a pas d’entente d’exclusivité, au contraire, mais lorsqu’Adam apprend que Marie-Claire en profite, sa réaction sera tout sauf conciliante.

Tout le drame de mœurs tourne autour de cette femme forte et fascinante. Et imparfaite. Marie-Claire va parfois prendre des décisions surprenantes, même malveillantes, notamment quand une étudiante viendra lui parler de l’agression présumée dont elle a été victime…

Tout l’intérêt de ce film brûlant est là: en évitant les jugements et les prises de position, Renée Beaulieu invite les spectateurs à une discussion sur différents tabous qui entourent encore la sexualité en 2018 (notamment celle des adolescentes). Le plaisir des sens est, ici, prétexte et matière à réflexion.

L’incarnation de Brigitte Poupart est brillante, tout comme elle l’était, dans un tout autre registre, dans Les affamés de Robin Aubert. Impossible de tricher ici — l’actrice doit se mettre à nu, dans tous les sens du terme, pour montrer cette sexualité affranchie. L’actrice permet ainsi aux Salopes… de prendre son envol.

Il faut souligner qu’après le très inégal La garagiste (2015), Renée Beaulieu offre ici une mise en scène assurée, avec plusieurs très beaux plans et de l’originalité dans les cadrages. Une facture un peu rêche, plutôt qu’esthétisante, est en parfaite adéquation avec la proposition. Soulignons aussi la belle maîtrise de l’ellipse dans la progression du récit.

À l’heure du #moiaussi, ce long métrage arrive à point nommé en montrant les deux côtés de la médaille. Qu’une femme peut avoir une vie sexuelle qui lui appartient, mais que, malheureusement, elle ne vient pas sans risque...

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: Les salopes ou le sucre naturel de la peau

• Genre: drame de mœurs

• Réalisatrice: Renée Beaulieu

• Acteurs: Brigitte Poupart, Vincent Leclerc, Nathalie Cavezzali

• Classement: 16 ans +

• Durée: 1h37

• On aime: la forte interprétation de Poupart. L’audace de la proposition et de la réalisation. Le point de vue féminin

• On n’aime pas: