Jean-Louis (Jean-Louis Trintignant) et Anne (Anouk Aimée) vont réexplorer les sentiers de l’amour dans ce dernier chapitre de leur destin amoureux amorcé 52 ans plus tôt.

«Les plus belles années d’une vie»: un homme et une femme, la fin *** 1/2

CRITIQUE / Il serait facile de traiter Claude Lelouch d’opportuniste avec ce dernier chapitre du destin amoureux de Jean-Louis et Anne, amorcé 52 ans plus tôt avec le célèbre «Un homme et une femme». Et ce serait passer à côté de l’essentiel : une foi indéfectible en l’amour et un hommage senti au septième art.

Les risques étaient grands de bousiller ce matériel historique. Imaginez : Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée reprenant les rôles originaux après un demi-siècle!

Mais le réalisateur français a trouvé une bonne source d’inspiration, une phrase empruntée à Victor Hugo : «Les plus belles années d’une vie sont celles qu’on n’a pas encore vécues.»

À preuve : la beauté et la vivacité d’Anne (et de son actrice) n’ont pas souffert du passage du temps. Elle tient encore boutique, voit sa fille Françoise et sa petite-fille.

Jean-Louis, par contre, est au crépuscule de son existence. La mémoire de l’ex-coureur automobile (et de jupons) lui fait souvent perdre son chemin. Mais l’octogénaire se souvient avec tendresse de sa passion pour Anne et rêve du temps où leur amour les grisait.

Son fils Antoine (Antoine Sire) se résout à contacter son ancienne flamme qui consent, malgré ses réticences, à lui rendre visite à sa maison de retraite (le bien nommé Domaine de l’orgueil).

Les deux amants de l’époque vont réexplorer les sentiers de l’amour. Lui sautant du coq-à-l’âne, sans filtre, alternant entre passé et présent, la reconnaissant sans la reconnaître. Elle, compréhensive, redécouvrant des sentiments qu’elle croyait enfermés à double tour…

Leurs regards échangés, captés comme par magie par la caméra attentive du cinéaste, valent de l’or.

Le grand âge des comédiens a imposé certains choix de mise en scène. Cette sobriété inhabituelle, dans le cas de Lelouch, se révèle une bonne chose. Le réalisateur a tendance à jouer des effets de manche — une source d’agacement dans mon cas.

Ce n’est pas parfait : il abuse de la trame sonore pour surligner des moments qui n’en ont absolument pas besoin. Et ramener le refrain vers d’oreille «Da ba da ba da, ba da ba da ba» de la chanson-thème (musique Francis Lay, paroles Pierre Barouh) tombe aussi dans la nostalgie superflue.

Reste que Claude Lelouch est un dialoguiste brillant, qui a le sens de la formule — sans que ça paraisse artificiel dans la bouche de ces deux acteurs dont la complicité crève l’écran. Il les aime, et ceux-ci lui rendent bien. Il est terriblement émouvant de voir la fragilité de Trintignant, sans que celle-ci n’altère sa force de caractère.

Le récit des Plus belles années d’une vie se révèle un peu décousu et la réalisation parfois un peu lourde, mais le plaisir cinématographique qu’il procure nous fait vite oublier ses défauts (comme ces plans magnifiques de la plage de Deauville).

D’autant que Claude Lelouch — dont ce n’est pas le chant du cygne puisqu’il tourne encore — a voulu rendre un vibrant hommage au cinéma, avec des références, entre autres, au mémorable Voleur de bicyclette et aux films de la Nouvelle vague. Aux siens aussi, évidemment.

On lui pardonne avec ce bel hymne à l'amour

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Les plus belles années d’une vie

Genre : Drame sentimental

Réalisateur : Claude Lelouch

Acteurs : Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée

Classement : Général

Durée : 1h30

On aime : le splendide duo d’acteurs. La retenue inhabituelle de Lelouch.

On n’aime pas : un récit parfois décousu. La trame sonore trop appuyée.