Aliocha Schneider chez lui où il a profité de la pandémie pour continuer à créer.
Aliocha Schneider chez lui où il a profité de la pandémie pour continuer à créer.

Les multiples chapeaux d’Aliocha Schneider

Aliocha Schneider a déjà établi sa réputation comme acteur et comme auteur-compositeur-interprète. Il recoiffera bientôt un autre chapeau, celui de réalisateur — si tout se déroule comme prévu. En ces temps de pandémie, il y a beaucoup «d’incertitudes», comme il le soulignera à quelques reprises en entrevue téléphonique.

À preuve, le Montréalais venait tout juste de rentrer de France lorsque Le Soleil l’a rejoint pour «des projets éventuels». «Mais tout le monde pense qu’ils ne pourront pas tourner, finalement», rigole le sympathique jeune homme qui se plie de bonne grâce à sa quarantaine de deux semaines.

Le confinement n’a pas affecté le moral de l’artiste de 26 ans, qui en a profité pour continuer à créer «et à grandir comme musicien». Il en a d’ailleurs profité pour acquérir tout l’équipement nécessaire pour enregistrer à la maison. «On n’a tellement pas le choix qu’il faut faire avec. Ce que j’aimais bien avec le fait d’être enfermé, c’est qu’il n’y avait aucune distraction. Pour créer, c’est pas mal.»

Il en a donc profité pour poursuivre aussi l’écriture d’un court métrage avec Romain Dumont pour lequel il a obtenu du financement de la SODEC et dont il signera la musique. Aliocha envisage de le co-réaliser avec son compère. «Dès fois, quand on sait ce qu’on veut, on est mieux de le faire soi-même», estime celui qui a signé les trois clips de son récent disque «avec mon petit frère».

Naked est sorti le 20 mars alors que la planète s’encabanait. «Il n’a pas pu avoir une vie d’album normal. Ensuite, beaucoup de gens m’ont dit qu’il avait fait partie de leur quarantaine. Ce n’est pas un coup d’épée dans l’eau… mais ce n’est pas exactement ce que j’espérais.»

Notamment parce qu’il n’a pas pu se produire sur scène. Il ne veut pas trop se créer «d’attentes» par rapport à d’éventuels spectacles. Le plus bizarre, explique-t-il, c’est la difficulté de passer à autre chose et «d’avancer. Ça retarde tout.»

Aliocha Schneider compte bien mener ses deux carrières de front, notamment selon l’intérêt des projets qu’on lui propose de tourner. 


« Je ne me mets pas de règles. Je fais avec ce qui m’arrive et m’intéresse sur le moment. »
Aliocha Schneider

L’acteur était sur une belle lancée avant que la COVID-19 mettre les tournages sur pause. Il a récemment été à l’affiche de Merci pour tout de Louise Archambault, un long métrage qui l’a ravi puisque les comédies sont rares dans sa filmographie. Et qu’il a eu la chance de tourner avec Robin Aubert. «Il est très drôle et j’ai le rire facile…»

On peut le voir en ce moment dans la série Vampires, un rôle qui l’a pris totalement par surprise. «C’est assez drôle parce qu’en arrivant en audition pour jouer un vampire, on se demande : “qu’est-ce que je vais faire ?” (rires) Ce qui me faisait un peu peur même si c’est excitant de jouer dans une série Netflix, c’était de faire un autre Twilight. Ça ne m’intéressait pas.»

Le fait que les réalisateurs aient plutôt comme référents Aux frontières de l’aube (1987) de Kathryn Bigelow et Laisse-moi entrer (2010) de Matt Reeves l’a rassuré. Ça et «retrouver Suzanne Clément».

«Cash ou Cannes»

Cet intérêt pour des productions singulières l’a poussé à accepter de tourner Pompéi, dont il est la tête d’affiche avec Vincent Rottiers (Sympathie pour le diable). Les réalisateurs John Shank et Anna Falguères «avaient vraiment l’intention de faire du cinéma différent, avec une grande liberté de création».

«On entend souvent “cash ou Cannes”. Ou on veut que le film fasse un gros box-office ou qu’il aille [au festival de] Cannes. Tout ça a ses codes. John et Anna étaient vraiment marginaux par rapport à ça.»

En effet. Le film fut tourné près de Montpellier, sur le plateau du Larzac, dans un lieu aride qui évoque le désert américain et les westerns crépusculaires bien que les protagonistes «aient l’air français». «Il y a quelque chose qui nous ramène au conte.»

L’action se situe dans ce lieu et à un moment indéterminé où des enfants, laissés à eux-mêmes, sont «figés dans le temps». Parmi eux, Victor (Aliocha) et son petit frère Jimmy, qui sera bientôt soumis à un rite initiatique : sa première relation sexuelle. La perspective ne l’enchante guère. «Cette initiation ramène [Victor] à sa vie qui est misérable, où il n’a pas vraiment d’affection. C’est un monde sans amour.»

Jusqu’à ce qu’arrive Billie (Garance Marillier), jeune fille rebelle qui refuse de se plier aux codes de la bande et qui «va réveiller quelque chose» en Victor. Un désir de liberté et de changement pour s’enfuir de cette vie où on étouffe.

Aliocha Schneider le reconnaît volontiers : Pompéi s’avère «déstabilisant». Mais de ce qu’on comprend, le jeu en valait la chandelle.

Pompéi est présentement à l’affiche.