Adib Alkhalidey et Julien Lacroix avaient envie d’explorer des thèmes sombres à travers la comédie.

Les fous alliés de «Mon ami Walid»

Enfin : après une campagne de sociofinancement qui a fait parler, Adib Alkhalidey et Julien Lacroix dévoileront le film «Mon ami Walid» à Gatineau ce dimanche. Petit budget, grosse distribution marquent leur premier long-métrage, contre les attentes d’Adib Alkhalidey. « On avait 70 pages de scénario, on était financés par le public et on allait tourner en dix jours. Quand on approchait les acteurs, disons que ce n’était pas le «pitch» de vente le plus alléchant ! »

Le film produit de A à Z par les talentueux humoristes de la relève – écriture, jeu, réalisation… – déclenchera les rires et les larmes à la salle Odyssée dès 19 h. Et comme les deux nouveaux cinéastes ne font rien comme les autres, Mon ami Walid ne sera pas présenté au cinéma, mais en salles de spectacles. Du même coup, le tandem amorcera une tournée de 15 arrêts à travers le Québec. Une présentation et une discussion avec les spectateurs accompagneront chaque projection.

Dans Mon ami Walid, Antonin, un simple d’esprit, veut redonner le goût de vivre à son collègue suicidaire, Walid. « Julien et moi, c’était assez phénoménal. Pendant l’écriture, quand on sortait des idées, je ne peux pas compter le nombre de fois où l’on s’est dit : “Oh my god, je pensais à la même chose !”, raconte Adib Alkhalidey. Les deux, on avait envie de parler de quelqu’un qui vit dans les bas-fonds de l’existence, et d’explorer ce thème à travers la comédie et le drame – comme on l’a vu dans la vraie vie, c’est-à-dire que même quand ça va mal, tu ris, et quand ça va bien, tu pleures. »

Comme le budget était petit, il était impératif d’avoir « un casting parfait ». À en croire la bande-annonce, le pitch de vente a rallié à peu près tout le bottin du showbiz québécois. Une trentaine d’artistes, dont des noms bien connus comme Sophie Cadieux, Guy Jodoin et Laurent Paquin, campent les rôles « d’extraterrestres, de bibittes », d’énergumènes que rencontrent les deux protagonistes.

Guy Jodoin

Une sorte de Petit Prince, version humour québécois ? « Oui, exactement ! s’exclame-t-il. C’est l’une des forces du film : tous les personnages sont weird, bizarres, particuliers, uniques. Mais ils sont vraiment, vraiment attachants. »

« On a été tellement chanceux ; la grande majorité (des comédiens) a dit oui tout de suite. Je pense qu’ils ont été attirés par la folie du projet, souligne l’interprète de Walid. Tout le monde a été exceptionnel. Le public va revoir des acteurs qu’ils connaissent, mais ils vont découvrir de nouvelles facettes d’eux. C’est comme s’ils avaient tous sorti un petit joker de leur jeu de cartes ! »

L’urgence de créer

Mon ami Walid pourra éventuellement être visionné sur le web. Quant à la diffusion au cinéma, le duo y travaille. Adib Alkhalidey ne cache pas que l’accès aux grands écrans est ardu pour les films produits hors des structures conventionnelles. « Le projet se fait étape par étape. Les stratégies se sont construites au fur et à mesure qu’on le faisait. »

C’est un peu par débordement d’enthousiasme, un peu par impatience par rapport à la lenteur des processus de demande de subvention que les cinéastes se sont tournés vers le sociofinancement au printemps 2018.

L’objectif de 80 000 $ a été atteint en deux mois grâce à 753 contributeurs. « Si j’attendais qu’on me donne des “go” pour réaliser des projets, j’allais réaliser un projet aux deux ou trois ans. Et je ne pense pas que c’est une manière de construire une vie et de nourrir son potentiel que d’attendre trois ans entre chaque projet. (…) J’imagine que (Julien et moi) on sentait que, si on ne le faisait pas, on passait à côté de nous-mêmes. »

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LA VIE SUR QUATRE RONDS DE POÊLE

À un mois de son 31e anniversaire, Adib Alkhalidey « ne niaise plus ».

En tant qu’hyperactif avoué, celui qui jongle entre la scène, l’écriture et les plateaux de tournage a coupé toute distraction pour se consacrer entièrement à la création (« aux yeux de mes amis, ma vie peut paraître plate ! »). Son secret pour garder son feu roulant ? La « méthode du rond de poêle » : « on a quatre ronds de poêle, donc tu cuisines quatre choses qui prennent quatre temps de cuisson différents. Donc tu cuisines tout le temps, et il y a toujours quelque chose à manger. C’est la méthode de ma mère ! »

Sur les ronds métaphoriques, donc, mijotent une nouvelle série, un troisième spectacle et un deuxième projet de film avec Julien Lacroix qui sera complètement détaché de Mon ami Walid. Comme comédien, Alkhalidey a jeté sa pincée d’épices dans la recette de Xavier Dolan, Matthias et Maxime. Il y incarne l’un des membres d’une bande d’amis troublée par les rapprochements entre deux de ses gars. Le tournage a pris fin en décembre ; la sortie est prévue cette année.

Adib Alkhalidey

Du côté de la salle à manger, le cuistot a déposé un plat tout frais sur une très, très grande table le 1er janvier dernier. Alkhalidey fait partie de la cuvée d’Humoristes du monde, une série de Netflix qui propose des spectacles de 30 minutes d’artistes d’une quinzaine de pays. Le Montréalais d’origine y partage le rôle d’ambassadeur comique du Canada francophone avec Katherine Levac, Louis-José Houde et François Bellefeuille.

Depuis, l’effet Neflix opère. « On ne m’a jamais autant écrit pour me féliciter ou m’encourager ! J’ai dû avoir eu au moins 200, 250 interactions en neuf jours. J’ai même reçu des messages d’Américains qui l’ont vu sous-titré en anglais », de gens du Moyen-Orient, de Français…

Quand Netflix l’a approché, Alkhalidey a accepté l’invitation sur-le-champ… même s’il n’avait aucun autre matériel que trois minutes de sketch écrites lors d’un périple en Afrique et en France. En un mois et demi – un temps record –, il est parvenu à faire mousser ces trois minutes en une demi-heure de stand-up. Le résultat est un spectacle intelligent qui parle, grosso modo, du masque social. « Écrire un 30 minutes, c’est essayer de dire quelque chose qui a du sens par rapport à ce que tu vis. C’est montrer ce qu’il y a à l’intérieur de ton âme », illustre-t-il.

« J’ai découvert quelque chose à propos de moi à travers ça. C’est comme si j’étais au Cégep et qu’on me demandait d’analyser un texte ou une nouvelle : je reprends ce que j’ai fait et j’essaie de comprendre ce qu’il y a à l’intérieur de moi. Et je pense que j’ai trouvé des choses intéressantes à propos de moi-même. »

« On a une vie pour se connaître. Certains diront que ce n’est pas assez ! »

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POUR Y ALLER

Quand ? Le dimanche 13 janvier, 19 h

Où ? Salle Odyssée

Renseignements : salleodyssee.ca