Christian Poirier, chercheur à l’INRS, en compagnie de la professeure de cinéma Marianne Gravel et de son collègue de mathématiques Laurent Pelletier, tous deux du cégep Garneau.

Les cégépiens connaissent peu le cinéma québécois

Les étudiants de cégep connaissent peu le cinéma québécois. Ils sont 57% à être incapables de nommer cinq films de réalisateurs d’ici. Pire, 42% en savent peu sans pour autant chercher à en savoir davantage. Or, malgré ce faible intérêt, une étude démontre qu’ils sont nombreux à réagir de façon enthousiaste à la projection d’un film québécois dans le cadre d’un cours. Tout n’est donc pas tellement noir entre la nouvelle génération et notre cinématographie mal aimée…

Le pourcentage de 71% d’étudiants qui accueillent de manière positive ou très positive un film québécois (ou un extrait) pour étayer une matière en classe, a agréablement surpris Marianne Gravel, professeure de cinéma au cégep Garneau, auteure de l’enquête Le cinéma québécois dans l’environnement collégial, effectuée en collaboration avec Laurent Pelletier, enseignant de mathématiques au même établissement, et Christian Poirier, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique.

«S’ils ne veulent pas en regarder en dehors du cégep, en revanche, si on leur propose d’en voir en classe, il y a une ouverture. Seulement une très petite proportion réagit négativement», mentionne l’enseignante, ajoutant que le «rapport difficile» entre le septième art québécois et les jeunes «ne date pas d’hier.

Plus lent que dynamique

«Ce n’est pas tant un rejet qu’une méconnaissance. Les films québécois sont noyés dans un buffet d’offres culturelles, note Christian Poirier. Mais une fois qu’on met les étudiants en contact avec eux, on se rend rapidement compte qu’il y a un potentiel extrêmement positif.»

Pour les besoins de l’enquête, 424 cégépiens de divers programmes de F.-X. Garneau (ainsi que 178 professeurs) ont été interrogés à l’automne 2018. Un petit groupe de 25 «apprenants-spectateurs», regroupés dans une sorte de ciné-club pour le visionnement de six films québécois dans leur intégralité, ont permis de recueillir des commentaires éclairants sur la perception de notre cinéma par les étudiants. Ainsi considère-t-on que son «rythme est plus lent que dynamique, légèrement plus sérieux que léger, abordant un peu plus souvent le passé que le présent/futur, un tantinet plus assommant que divertissant, basé sur des propositions plus souvent originales que conformistes et finalement, touchant à des thèmes plus souvent variés que redondants».

Marianne Gravel, professeure en cinéma au cégep Garneau

Le cégep, le Netflix québécois

«Je fais confiance aux jeunes, poursuit Marianne Gravel. Je vois chez eux une curiosité et une ouverture. Le cinéma québécois regorge de trésors et de pépites capables de leur plaire. J’ai peine à croire qu’un film comme C.R.A.Z.Y. ne peut pas servir de bougie d’allumage.»

Reste une grande inconnue dans l’équation : comment faire pour se faire rencontrer les étudiants et le cinéma québécois? À l’ère de la multiplication des sites de visionnement en ligne, l’école a un rôle primordial à jouer, plaident les chercheurs.

Pour Ian Gailer, directeur général du Festival de cinéma de la Ville de Québec (FCVQ), les algorithmes n’ont pas réussi à remplacer les sages recommandations du commis du défunt club vidéo. «Si tu ne vois pas un film, il n’existe pas, Comment se souvenir de L’eau chaude, l’eau frette (d’André Forcier) si on est incapable de le voir? Le Netflix québécois, c’est le cégep et l’enseignement.»

Les fleurs à Xavier Dolan

Des six longs-métrages québécois vus par les étudiants - Rouli-roulant (Claude Jutra, 1966), Les Ordres (Michel Brault, 1974), Le déclin de l’empire américain (Denys Arcand, 1986), Un 32 août sur Terre (Denis Villeneuve, 1998), La grande séduction (Jean-François Pouliot, 2003) et Mommy (Xavier Dolan, 2014) – tous n’ont pas été accueillis de la même façon. Si Les Ordres et Un 32 août sur Terre ont reçu le pot, en revanche, les fleurs sont allés au fim à Xavier Dolan.

Pour Marianne Gravel, le jeune cinéaste, au regard de son immense popularité, pourrait «faire partie de la solution» afin d’inciter les étudiants à s’intéresser davantage au cinéma québécois. «J’ai réalisé à quel point il était un phénomène, surtout depuis Mommy. Beaucoup de portes se sont ouvertes grâce à lui.»

L’étude a été dévoilée mardi, dans le cadre du FCVQ, un événement qui demeure inconnu pour 64% des étudiants interrogés et fréquenté par seulement 6% d’entre eux…