«La terre vagabonde» du réalisateur chinois Guo Fan, premier film de science-fiction chinois à gros budget, a déjà engrangé 765 millions $ en Chine.

L’empire du Milieu contre-attaque... Hollywood

SHANGHAI — Le premier film chinois de pure science-fiction à gros budget est en passe de battre des records au box-office en Chine, un reflet des propres prouesses technologiques de Pékin et le signe que les superproductions du géant asiatique sont armées pour concurrencer Hollywood.

En deux semaines, La Terre vagabonde (The Wandering Earth selon le titre anglais officiel) a déjà engrangé 3,9 milliards de yuans (765 millions $) dans les salles chinoises, selon des chiffres actualisés mardi.

Une victoire inattendue pour l’univers en plein essor de la science-fiction chinoise : le film, basé sur un roman de l’écrivain vedette Liu Cixin, raconte un projet épique consistant à dévier la planète Terre de son orbite pour la faire sortir du système solaire... afin d’échapper à la mort prochaine du Soleil.

Le décollage du long-métrage, sorti en Chine le 5 février avant les congés du Nouvel an lunaire, pourrait même éclipser le film de guerre ultra-patriotique Wolf Warrior 2, champion du box-office national avec 5,7 milliards de yuans collectés en 2017.

Réalisé en 3D avec un budget d’environ 65 millions $ selon la presse, La Terre vagabonde se veut une vitrine des progrès chinois en matière cinématographique.

Selon le réalisateur Frant Gwo (Guo Fan), âgé de seulement 38 ans, les trois quarts des quelque 2000 effets spéciaux ont ainsi été conçus par des techniciens chinois et non plus majoritairement par des talents étrangers.

Baromètre d’une nation

Cela prouve que «le moment de concurrencer Hollywood est arrivé», s’est enflammé le critique de cinéma Wang Hailin lors d’une conférence.

À l’heure où la Chine communiste affiche ses ambitions spatiales et technologiques face aux États-Unis, le film et ses protagonistes chinois tombent à point nommé pour illustrer les talents des scientifiques du pays... même si le Parti communiste n’y est pas mentionné.

On y voit certes des plans apocalyptiques, rarissimes dans un film de Chine continentale, où sont détruits des monuments fameux de Pékin et Shanghai.

Mais dans une scène cruciale, c’est un astronaute chinois, en coopérant avec un homologue russe, qui parvient à sauver le monde...

Pour un pays en pleine modernisation, «la science-fiction est le baromètre d’une nation», a déclaré Guo Fan à la télévision d’État, rêvant d’un «océan d’étoiles et d’un avenir éclatant» pour la science-fiction chinoise.

Le romancier Liu Cixin — premier écrivain chinois à recevoir le prestigieux prix international de science-fiction Hugo Award — a estimé que le «solide sens de l’avenir» dans la Chine d’aujourd’hui allait favoriser l’essor du genre, selon un entretien à la télévision d’État.

En Amérique du Nord, le film a engrangé 5 millions $ durant les 11 premiers jours d’exploitation, la plus forte performance d’un film chinois dans la région en presque cinq ans, selon la production.