Dans «Le vent de la liberté», deux familles tentant de fuir l’Allemagne de l’Est en montgolfière

Le vent de la liberté: À l’Ouest, toute! ***

CRITIQUE / Michael Herbig fait face à un problème de taille avec «Le vent de la liberté» («Ballon»). Puisqu’il s’agit d’un film basé sur une histoire vraie — celle de deux familles tentant de fuir l’Allemagne de l’Est en montgolfière —, le dénouement est connu. Mais en optant pour le suspense, le réalisateur allemand réussit à maintenir l’intérêt pour ce film populaire qui raconte une aventure extraordinaire due au génie humain.

Nous sommes en 1979. Les Strelzyk et Wetzel veulent fuir à l’Ouest à tout prix dans une montgolfière bricolée maison. Au dernier moment, les Wetzel se dégonflent. Le téméraire Peter (Friedrich Mücke), Doris (Karoline Schuch) et leurs fils Frank (Jonas Holdenrieder) et Andreas (Tilman Döbler) tentent le tout pour le tout.

Mais ils rencontrent des difficultés imprévues et leur ballon s’écrase à quelques centaines de mètres de la frontière. Si près et si loin du but...

Forcés de retourner à la maison en catastrophe, la famille laisser derrière elle de précieux indices pour la Stasi.

Sous la houlette du lieutenant-colonel Seidel (Thomas Kretschmann), qui en fait une affaire personnelle, la redoutable police politique est-allemande cherche à coincer les traîtres qui risquent d’embarrasser le régime.

Une véritable course contre la montre s’engage alors que les Strelzyk et Wetzel tentent désespérément de construire une autre montgolfière en vue d’une spectaculaire tentative d’évasion.

Les deux axes narratifs se déroulent en parallèle, une recette éprouvée, mais efficace. Surtout avec l’utilisation (parfois intrusive) d’une musique qui maintient la tension au maximum.

Toutefois, Herbig et ses deux coscénaristes effleurent à peine le contexte historique : la paranoïa, la délation et la suspicion généralisée de l’époque. Pour entretenir le suspense, en fait. On aurait aussi aimé qu’ils creusent davantage les motivations des fuyards. Le désir de voir les enfants grandir libre, c’est bien, mais un peu court.

Il y a là tous les éléments d’un film à la Disney. C’est d’ailleurs le cas, le studio ayant produit La nuit de l’évasion (Night Crossing), réalisé par Delbert Mann en 1982, un long métrage basé sur les mêmes faits historiques.

Celui de Michael Herbig y greffe un récit secondaire, la passion de Frank pour sa petite voisine Klara, dont le père Erik travaille pour la Stasi. Un amour adolescent anecdotique, mais qui ajoute un élément de suspense. Dans un long métrage avec ses longueurs, le réalisateur aurait quand même dû supprimer ces scènes au montage.

Il aurait pu en profiter pour mettre plus en évidence le lieutenant-colonel Seidel. Obsédé par cette fuite, le policier pose des questions intéressantes. S’ils ne veulent pas des bienfaits du socialisme, pourquoi ne pas les laisser fuir plutôt que de les abattre ou les emprisonner toute leur vie? demande-t-il à un subalterne. Qui est bien embarrassé de répondre…

Le vent de la liberté a connu un immense succès en salles en Allemagne (1 million d’entrées) — pour des raisons évidentes. L’esthétique de l’époque est parfaitement recrée, les acteurs font partie de l’élite au pays et la réalisation, bien que convenue, remplie son rôle fort efficacement.

On est loin de La vie des autres (Florian Henckel von Donnersmarck) ou de Barbara (Christian Petzold), mais le film d’Herbig s’avère lui aussi un rappel pertinent de la fourberie des régimes de terreur entretenus par les États totalitaires...

Au générique

Cote : ***

Titre : Le vent de la liberté

Genre : Suspense historique

Réalisateur : Michael Herbig

Acteurs : Friedrich Mücke, Karoline Schuch, Jonas Holdenrieder

Classement : Général

Durée : 2h06

On aime : la page d’histoire. L’efficacité du suspense.

Kurz vor dem n‡§chtlichen Start: Der Ballon entfaltet sich.

On n’aime pas : la réalisation convenue. Le manque de perspective.