Martin Matte nous sert ses grimaces et rictus habituels.

Le trip à trois: débandade

CRITIQUE / Quand un film commence par Modern Love de Bowie et se termine par une séquence ultra-quétaine sur Total Eclipse of the Heart de Bonnie Tyler, on peut s’attendre à ce que ce qu’il y a entre les deux soit rempli de clichés. Surtout quand on se sert d’un prétexte racoleur — le trip à trois — pour proposer une comédie de situation vulgaire et inoffensive pour ferrer le spectateur en salle…

Le trip à trois n’est pas ce qu’il laisse supposer. Même si, à la base, c’est exactement ce que cherche Estelle (Mélissa Désormeaux-Poulin), un trip à trois sans son dadais de chum Simon (Martin Matte). La mi-trentenaire veut sortir de sa routine du boulot où elle ne réussit pas à s’accomplir et du dodo où il ne passe pas grand-chose.

Ce prétexte pour pimenter la vie sexuelle du couple est aussi celui du long métrage. Qui, au fond, sert au spectateur un récit à propos d’un quatuor féminin désorganisé. Le défi d’Estelle leur permet de faire le point sur leurs vies respectives : la grande sœur irresponsable (et délurée), jouée avec aplomb par Bénédicte Décary; la lesbienne qui s’ignore (Geneviève Schmidt) et l’amie en post-partum (Anne-Élisabeth Bossé).

Bref, un film de filles. Ce qui est de loin l’aspect le plus intéressant de Trip à trois. On sent la jubilation des actrices même si, la plupart du temps, elles ont des dialogues insignifiants à se mettre en bouche. Du genre, «tout le monde a un jardin secret». Wow!

Reste que ça fait du bien de voir un long métrage québécois, surtout une comédie, avec des femmes qui ont une personnalité forte et ne servent pas de faire-valoir. Mais ce n’était pas une raison pour que les personnages masculins soient de grands ados attardés sans ambition et détermination qui fument du pot au sous-sol. On change des stéréotypes pour d’autres…

Le scénariste Benoît Pelletier (Le sens de l’humour) a pris la peine de s’adjoindre Rafaël Germain et Caroline Allard pour la véracité et le niveau de langue des confidences de protagonistes, souvent de nature sexuelle, évidemment.

Les jokes de cul sont légion, pour ceux que ça excite. Mais n’espérez rien de plus. Avec des vedettes comme Mélissa Désormeaux-Poulin et Martin Matte, il ne fallait surtout pas s’attendre à des scènes le moindrement explicites. Et il n’y a rien d’osé là-dedans.

Mélissa Désormeaux-Poulin (à droite) s’en tire plutôt bien, même si sa performance ne suffit pas à magnifier le film pour autant.

L’amour et le désir

Pas que c’était absolument nécessaire. Sauf qu’on aborde la question de l’amour et du désir dans le couple. Et que les moments suggestifs sont filmés sans imagination. Ça vole au même niveau que la «boîte à cul» de Simon : au ras des pâquerettes.

Tout comme la réalisation de Nicolas Monette (Le journal d’Aurélie Laflamme, Les pieds sur terre). On cherche le cinéma dans cette mise en scène télévisuelle. Et la direction d’acteurs est beaucoup trop approximative. Anne-Élisabeth Bossé et Karine Gonthier-Hyndman surjouent, à la limite de la caricature, ce qui est quand même étonnant pour deux actrices de ce calibre. Quant à Martin Matte, il nous sert ses grimaces et rictus habituels.

Dans ce contexte, Mélissa Désormeaux-Poulin fait ce qu’elle peut, et s’en tire plutôt bien. Mais ça ne suffit pas à magnifier le film pour autant. Surtout qu’avec des thèmes porteurs, notamment l’ambition personnelle et professionnelle, Le trip à trois reste bien superficiel.

Ce qui ne l’empêchera pas de trouver son public. Vous aurez été prévenus.

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AU GÉNÉRIQUE

L’aspect le plus intéressant de Trip à trois demeure la jubilation des actrices qui incarnent un quatuor désorganisé.
  • Cote: **
  • Titre: Le trip à trois
  • Genre: Comédie
  • Réalisateur: Nicolas Monette
  • Acteurs: Mélissa Désormeaux-Poulin, Martin Matte
  • Classement: Général
  • Durée: 1h31
  • On aime: L’approche féminine.
  • On n’aime pas: Des thèmes superficiels. L’humour vulgaire. Le scénario inoffensif. Le sujet racoleur.