Pierfrancesco Favino fait des merveilles dans la peau de Tommaso Buscetta, cet homme opaque et complexe qui incarne la fin d’un monde.
Pierfrancesco Favino fait des merveilles dans la peau de Tommaso Buscetta, cet homme opaque et complexe qui incarne la fin d’un monde.

Le traître: La mafia (momentanément) décapitée ***

CRITIQUE / Le Festival de Cannes 2019 a eu un bon flash en présentant «Le traître» («Il Traditore») le 23 mai, exactement 27 ans après l’assassinat du juge Falcone, en Italie, qui enquêtait sur la mafia. Il s’agissait toutefois d’une case ingrate pour le drame captivant de Marco Bellocchio, dans les dernières heures de la compétition.

Pour son 26e long métrage, le vétéran réalisateur italien retrace les grands moments d’une célèbre affaire : le témoignage de Tommaso Buscetta (Pierfrancesco Favino), membre notoire de la Cosa Nostra, contre ses collègues de la mafia dans les années 1980.

Alors que fait rage la guerre entre les différentes factions de la mafia, Buscetta décide de se réfugier au Brésil où il pourra se mettre hors de portée de ses rivaux. Mais au pays, les règlements de compte sauvages s’enchaînent. Les hommes d’honneur se révèlent sans pitié.

Arrêté par les autorités brésiliennes puis extradé, Buscetta prend alors une décision lourde de conséquences : accepter de témoigner contre ses camarades malgré son sentiment d’allégeance… D’où le titre — Le traître.

S’il a fait condamner 366 membres de «la pieuvre», momentanément décapitée, c’est en grande partie grâce à la ténacité et au courage du juge Falcone (Fausto Russo Alesi), assassiné en 1992, une affaire qui a eu un énorme retentissement international.

Ce drame judiciaire est d’ailleurs un hommage appuyé à cet homme intègre — le réalisateur italien ne nous fait pas perdre de vue que Buscetta a d’abord été un meurtrier. Qui a perdu gros, cela dit : deux de ses fils...

Le personnage, car c’en est un, reste ambigu. Il accepte de briser l’omertà et de collaborer avec la justice parce qu’il considère que sa confrérie a perdu son sens de l’honneur au détriment de la cupidité…

Cette fresque vieille école, beaucoup trop longue pour son bien et avec une trame sonore trop appuyée, s’avère néanmoins fascinante parce qu’elle dévoile les rouages secrets de l’organisation criminelle. Il est question aussi de la notion de famille, au sens large, d’inimitiés, de secrets, de trahison, d’orgueil, de culpabilité...

Pierfrancesco Favino fait des merveilles dans la peau de cet homme opaque et complexe qui incarne la fin d’un monde.

Bellocchio a la main sûre et un sens de l’ellipse remarquable, ponctuée de séquences ultra-violentes — le réalisateur ne fait pas dans la dentelle. Mais il souligne ainsi les conséquences des actes qui sont posés. Il propose une minutieuse reconstitution d’époque.

Pour ceux qui se posent la question, Buscetta s’est éteint en 2000, de sa belle mort, même si sa tête était à prix. Sa femme vit encore aux États-Unis, son identité camouflée par un programme de protection.

Souvent, la réalité dépasse la fiction...

Au générique

Cote : ***

Titre : Le traître

Genre : Drame

Réalisateur : Marco Bellocchio

Acteurs : Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fausto Russo Alesi

Classement : 13 ans +

Durée : 2h15

On aime : le portait d’époque. L’hommage au juge Falcone. La composition de Favino.

On n’aime pas : des longueurs. La musique trop appuyée.