Léane Labrèche-Dor, l’interprète principale du «Rire», de Martin Laroche.

Le rire: au coeur de l’étrangeté **

CRITIQUE / Le réalisateur Martin Laroche a voulu faire avec «Le rire» un film déstabilisant, empreint d’une «inquiétante étrangeté». Il tient promesse. Dès les premières minutes, le spectateur est servi à souhait, avec la mort soudaine d’une femme dans un lit d’hôpital, une chorégraphie du personnel soignant dans le corridor, et un couple, en route vers la mort, couché dans une fosse commune, sous la menace de soldats armés.

De toute évidence, nous sommes en présence d’un ovni, un vrai, dont le titre apparaît comme un subterfuge. Car de rire, il est bien peu question dans le cinquième long-métrage de l’auteur de Tadoussac et des Manèges humains. L’imposture volontaire est d’autant plus grande que le personnage principal de ce drame ésotérique est défendu par Léane Labrèche-Dor, surtout connu pour son côté humoristique.

La comédienne, dont la carrière au grand écran est plutôt modeste, se glisse dans la peau de Valérie, une préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD qui trouve en une septuagénaire cynique et cultivée (Micheline Lanctôt) une oreille attentive lorsque vient le moment de se libérer d’un lourd secret. La jeune femme, atteinte du syndrome du survivant, doit composer avec un passé tragique qui lui a pris son amoureux.

Malgré sa résilience et son courage, des fantômes finiront par la rattraper. La présence troublante dans son quartier de son ancien bourreau (Normand Daoust) en sera le premier signe. Puis, dans une douteuse ambiance fantasmagorique, l’intrigante directrice de l’institution (Sylvie Drapeau) s’invitera dans le récit, mettant à rude épreuve notre compréhension des choses.

Même si une certaine filiation avec le cinéma de David Lynch est revendiquée par son auteur, la comparaison s’arrête ici. Le scénario demeure prisonnier de considérations existentielles et surréalistes qui laissent souvent pantois. Entre rêve et réalité, entre comique et tragique, à chacun de trouver le pourquoi du comment. Pas toujours évident.

Reste la présence de Léane Labrèche-Dor qui offre une performance étonnante et émouvante, dans un registre qu’on ne lui connaissait pas.

Valérie (Léane Labrèche-Dor) doit apprendre dans «Le rire» à surmonter une tragique épreuve.

AU GÉNÉRIQUE

Cote : **

Titre : Le rire

Genre : drame

Réalisateur : Martin Laroche

Acteurs : Léane Labrèche-Dor, Micheline Lanctôt, Alexandre Landry et Sylvie Drapeau

Classement : 13 ans

Durée : 2h04

On aime : le jeu inspiré de Léane Labrèche-Dor, la tirade de la responsable des ressources humaines (Évelyne Rompré)

On n’aime pas : le scénario décousu, le mélange douteux entre réalisme et fantastique, la finale

Léane Labrèche-Dor