Le réalisateur Rémi Bezançon et le comédien Fabrice Lucchini.

«Le Mystère Henri Pick»: thriller lettré, mais léger

Malgré la tenue du « jour d’avant », jeudi, c’est officiellement ce vendredi que le Festival du film de l’Outaouais (FFO) lance sa 21e édition en présence de Rémi Bezançon, réalisateur du Mystère Henri Pick, qui sera projeté — en grande première nord-américaine — lors du gala d’ouverture du festival.

Le cinéaste prendra la parole pour dire quelques mots au sujet de cette comédie, une « enquête littéraire » mettant en vedette Fabrice Lucchini dans le rôle d’un critique littéraire déterminé à mener l’enquête pour identifier le véritable auteur d’un roman, chef-d’œuvre qui, selon lui, ne saurait avoir été rédigé par celui qui l’a signé (mais qui est décédé).

Pour cette projection M. Bezançon sera accompagné de sa conjointe Vanessa Portal, qui est aussi la coscénariste de cette transposition à l’écran du roman éponyme que son « ami » David Foenkinos (La délicatesse ; Charlotte) a fait paraître en 2016. MMe Portal a écrit ou scénarisé quatre films avec M. Bezançon, dont Un Heureux Événement et Nos Futurs,

« Finalement, la France c’est tout prêt ! Je suis très content d’être là », nous saluait le réalisateur au téléphone, depuis la voiture qui le conduisait à Gatineau, jeudi, dans le cadre de sa quatrième visite « professionnelle » au Canada.

« J’aime beaucoup les enquêtes policières. Ce qui m’intéressait, dans cette histoire, c’est l’enquête [et] l’idée de jouer avec les codes du polar », amorce-t-il.

« Mais sans jamais les caricaturer : j’ai trop de respect pour les films de genre », précise-t-il. L’objectif était de se contenter d’adresser « des clins d’œil au polar, dans la musique, dans les cadres, dans les plans ».

« Même si on n’a pas de crime, ici, On peut parler de films de genre. On ne cherche pas ‘qui a tué ?’ mais ‘qui a écrit ?’ » explique-t-il, tout en convenant que, parmi les sous-genres qu’on peut attribuer au polar, le thriller littéraire est plutôt rarissime et que, cinématographiquement, ils ne pouvaient guère s’appuyer sur des films de référence, « à part Un homme idéal (de Yann Gozlan) avec Pierre Niney, ou peut-être Barton Fink [des frères Cohen], et encore... »

Dans son enquête — qui le mènera jusqu’au fin fond de la Bretagne, où se cache une étrange « Bibliothèque des manuscrits refusés » méconnue de tous — le critique littéraire reconverti en limier improvisé fera preuve d’autant de ténacité que de maladresses.

« Il n’est pas du tout à sa place, il mène son enquête de façon très dilettante... mais j’aime les personnages un peu dépassés », convient Rémi Bezançon. Il a « taillé un rôle sur mesure » à Lucchini, au point qu’une photo du comédien trônait au-dessus de son bureau durant la rédaction du scénario.

Le réalisateur Rémi Bezançon, le comédien Fabrice Lucchini et la productrice Isabelle Grellat, sur le tournage de « Le mystère Henri Pick ».

Un simple prétexte

En réalité, « plus que l’enquête, ce sont les personnes qui m’intéressaient. Le livre, voire même l’enquête, «c’est juste un MacGuffin» (un prétexte narratif, dans le vocabulaire Hitchcockien) pour «prendre deux personnages un peu paumés et voir si, au contact l’un de l’autre, ils vont remonter la pente. [...] J’essaie de faire des films assez ‘humains’»

Le second personnage auquel il fait référence est la fille de l’auteur décédé, Joséphine Pick, campée par Camille Cottin (Appelez mon agent/Dix pour cent).

Le mystère Henru Pick affiche une «légèreté» pleinement assumée.

Il est «assez différent de mes autres films. J’étais assez content de changer de genre, de ne plus être dans le ‘film générationnel’ et la chronique douce-amère. »

À mesure que le critique échafaude des théories farfelues en courant après les «suspects», le film en profite pour explorer «le thème de la frontière entre la réalité et la fiction», ajoute Vanessa Portal.

«C’est assez amusant, les paradoxes humains [qui se manifestent] quand on quitte une réalité qui ne nous convient plus. Rouche (le personnage de Lucchini) fuit sa réalité pour trouver une vérité ailleurs. Mais la vérité, n’est-ce pas une autre réalité qu’on s’invente ? C’est un jeu dans lequel on peut tous se reconnaître», dit-elle.

C’est pourquoi leur film conserve une forme de distance et de «légèreté ludique» vis-à-vis des personnages.

Le thème de «l’imposture» littéraire aussi, constitue «un jeu en soi» : «où est le mensonge ? Où est le jeu dans le mensonge ?» questionne-t-elle. «C’est peut-être pour ça qu’il y a peu de films de ce genre», et que les rares qui existent sont traités de façon dramatique, «alors que nous, on a voulu faire une comédie», expose-t-elle.

Adaptation libre

Sa quête de vérité va pousser Rouche à «revenir à la base de ce qu’il est : la lecture. La vérité de qui a écrit le livre, on s’en fout. C’est moins important que le fait qu’il reconnecte avec le plaisir fondateur de la lecture» qu’il avait perdu.

«Dans les dernières images, on le voit en train de bouquiner, assis tranquille sur un banc de parc. Sa quête l’amène là», énoncent les deux coscénaristes, qui se disent tous deux avides lecteurs. Mme Portal a d’ailleurs travaillé pour trois des plus grandes maisons d’édition parisiennes.

«Cet homme s’était perdu en complexifiant les choses... la simplicité devient la résolution de la complexité» du récit, dit-elle. Au fil d’une carrière qui l’a mené sous les projeteurs de la télévision, le personnage de Rouche «ne s’est-il pas trompé de route, à un moment donné ?» émet Rémi Bezançon, en ajoutant qu’une telle hypothèse ne relève pas de l’œuvre originale, mais de leur interprétation.