Denys Arcand sera présent à Bibliothèque et Archives Canada, sur la rue Wellington à Ottawa, mardi midi.

Le legs archivistique de Denys Arcand

Une figure phare du cinéma québécois fera escale à Ottawa mardi. Denys Arcand sera l’invité de Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada, dans le cadre de la série de discussions devant public Signatures.

L’entretien avec le réalisateur, scénariste, acteur et producteur aura lieu dans la salle Alfred-Pellan de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), de 12 h 15 à 13 h 15.

Les rencontres Signatures s’intéressent aux célébrités qui ont donné leurs archives à BAC. L’été dernier, Denys Arcand a remis à l’organisme du Patrimoine canadien 50 boîtes qui « ramassaient la poussière dans la cave de mon chalet ». Le butin, amassé en cinq décennies, recèle de documents qui ont servi à édifier sa filmographie ou qui en parlent : rapports d’entrevues, correspondances, projets de films, articles universitaires, scénarios raturés – dont les versions de La chute de l’empire américain, paru en juin dernier et qui a été réécrit sept fois.

Bien sûr, beaucoup de rapports de lecture font partie de son legs. « Je suis un lecteur avide », résume le réalisateur oscarisé. Il avait justement discuté de son appétit littéraire insatiable lors d’un entretien en 2012, également avec Guy Berthiaume. Sa bibliothèque, disait-il, comptait comme « bibles » des ouvrages de Marcel Proust et d’Alexandre Soljenitsyne, ainsi que des joyaux signés Tolstoï, Michel Tremblay ou Susan Sontag.

Depuis, le cinéaste a enrichi sa bibliothèque de plusieurs livres québécois récents. Pour n’en nommer qu’un, il dit avoir dévoré Un lien familial de Nadine Bismuth. Le roman narre une histoire d’amour moderne en dressant un portrait narquois de notre époque. « Nadine Bismuth est vraiment une grande romancière », souligne-t-il.

« En jachère »

Même s’il n’a aucun projet spécifique en vue, Denys Arcand estime qu’« il va sans doute y en avoir ». « À mon âge, c’est beaucoup une question de santé », dit le septuagénaire.

Pour l’instant, le créateur est « en jachère ». Il lit, prend des notes, réfléchit à d’autres « énigmes à résoudre », façon de décrire sa démarche. Son dernier film imagine d’autres réalités que celle dans laquelle l’argent a l’importance de « notre dernière valeur » ; il se questionne maintenant sur le potentiel d’une comédie sur un thème qui l’effare : la rectitude politique. « Pour la promotion de mon dernier film, j’ai fait une entrevue à la télévision et deux ou trois à la radio, raconte-t-il. C’est incroyable, les tempêtes que ça déclenche quand on dit n’importe quoi, et la quantité de haine dont on s’aperçoit soudain. Des gens à qui on n’a rien fait vous détestent pour vous tuer. Ça me trouble sur le plan intellectuel. »

Il ajoute trouver « très dangereux » les sorts de Slav et de Kanata. La « tyrannie des foules », croit-il, ne « met pas juste des bâtons dans les roues : c’est une opposition violente » au travail des artistes d’aujourd’hui. À l’opposé, le discours qui veut rompre avec la droiture ambiante, tel que celui tenu par certains politiciens, « est très dangereux ».

« Si vous voulez briser le moule du politically correct, vous allez rejoindre des gens qui pensent exactement comme vous, et tout le dialogue devient impossible. Certains pays, entre autres les États-Unis, deviennent ingouvernables. Le schisme entre la gauche et la droite est de plus en plus profond. »

« L’artiste a le rôle du canari dans la mine de charbon. S’il est le premier à étouffer, c’est que l’air est toxique. »

POUR Y ALLER

Quoi ? Discussion avec Denys Arcand (Série Signatures)

Quand ? Mardi 30 octobre 2018, de 12 h 15 à 13 h 15

Où ? Salle Alfred-Pellan, Bibliothèque et Archives Canada (395, rue Wellington, Ottawa)

Renseignements : bac-lac.gc.ca