«Le grand bain» raconte l’histoire d’un groupe de quadragénaires poqués qui s’essaient à la nage synchronisée.

Le grand plongeon de Gilles Lellouche

CANNES — Gilles Lellouche est arrivé sur la terrasse d’un grand hôtel de luxe surplombant la Méditerranée au lendemain de la présentation remarquée du Grand bain au Festival de Cannes. Avant de venir nous rejoindre, l’acteur devenu réalisateur a pris le temps de parcourir les critiques dans les magazines spécialisés. Visiblement rassuré et de fort bonne humeur, de noir vêtu, cigarette au bec et lunettes fumées, il s’est prêté au jeu de l’entrevue à propos de ce film pur bonheur qui réunit une distribution toutes étoiles.

Il en a mis du temps, l’homme de 46 ans avant d’effectuer le grand plongeon de la réalisation solo de son premier long métrage. Il a coréalisé Narco avec Tristan Aurouet en 2004, mais c’était «presque du pillage», avoue-t-il. «Pas celui-ci.» Il s’en souvient comme d’une «expérience douloureuse».

Il y a sept, huit ans, l’idée d’un retour à la réalisation a commencé à faire son chemin malgré le grand succès de sa carrière d’acteur (Ma vie en l’air, Ma part de gâteau, Plonger...). Les gens sont de plus en plus individualistes et se parlent peu. Alors, à qui se confier quand, «à 45 ans, on a fait le tour? Qu’est-ce que vous faites de votre vie?» Eh oui! la crise existentielle de la quarantaine.

Lellouche imagine alors ces huit quadragénaires poqués (dépression, chômage, séparation…). Un documentaire sur une équipe masculine suédoise... de nage synchronisée (!!!) fournit l’inspiration qui lui manquait pour aspirer à une autre dimension. Comme il le dit, «une troupe d’hommes plus ou moins désenchantés qui courent après des rêves déchus».

Gilles Lellouche a présenté «Le grand bain»au dernier festival de Cannes.

Une façon de se refaire une estime de soi qui semble complètement farfelue, mais qui a tout de suite obtenu le soutien de Mathieu Amalric. Il a ensuite réuni, entre autres, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Philippe Katerine, Jean-Hughes Anglade avec Virginie Efira, en ex-championne alcoolique, pour entraîner ces sportifs du dimanche.


« J’ai toujours été assez admiratif des gens qui font du sport amateur. Ça dépasse le cadre du sport pour entrer dans le collectif »
Gilles Lellouche

«J’ai toujours été assez admiratif des gens qui font du sport amateur. Ça dépasse le cadre du sport pour entrer dans le collectif.» Et à cet endroit, croit-il, il peut y avoir une prise de parole, comme dans les réunions d’alcooliques anonymes auxquelles il a participé en préparation d’Un singe sur le dos (Jacques Maillot, 2009). Même s’il a surtout favorisé, pour des raisons dramatiques, les tête-à-tête plutôt que les discussions de groupe.

Souvenirs de jeunesse

On sent que Lellouche a mis beaucoup du sien dans ce film. Il se défend d’ailleurs d’avoir écrit des rôles typés en répondant : «il y a de moi dans chacun des personnages».

Plus clair encore: «J’ai fait le film que j’avais envie de voir.» Mais libre de toutes influences. Il s’est interdit de regarder des longs métrages de sports. Il a plutôt puisé à ses souvenirs de jeune cinéphile dans les années 80: Flashdance, Karaté Kid, etc. Et la musique qui vient avec. Tears for Fears, Phil Collins et une scène d’anthologie de chorégraphie sur Physical d’Olivia Newton-John.

Mais avant d’en arriver là, tous les acteurs se sont entraînés pendant six mois en piscine. «Le film a démarré là.» Les chorégraphies, même aux championnats du monde, n’ont nécessité que l’utilisation sporadique de doublures pour les mouvements plus élaborés. Un exploit parce que pour certains, «on partait de très, très loin.» Thamilchelvan Balasingham, issu d’un «casting sauvage», interprète un immigré… qui ne sait pas nager — c’était le cas!

Dans les circonstances, même s’il l’a envisagé, il n’était pas question pour Lellouche de sauter à l’eau. Surtout qu’il ne se voyait pas diriger ses acteurs en maillot de bain!

On voit bien, Gilles Lellouche n’a pas pris le processus à la légère. Avec un tel sujet, Le grand bain est, on s’en doute, très drôle. Sans tomber dans la caricature. Parce que, l’air de rien, ce Grand jeu (The Full Monty, 1997) à la française aborde des thèmes sur le mal de vivre de façon assez sérieuse. Mais aussi l’affranchissement des stéréotypes, des codes, des genres...

«Je ne suis pas le type le plus rigoureux de France ni le plus sérieux dans la vie. Là, il fallait que je le sois.»

Ce film lui a fait réaliser à quel point «son absence sans absence comme acteur» des dernières années, où il a été plus sélectif, fait en sorte qu’il a besoin «de croire en ce qu’il est en train de faire». S’il retourne à la réalisation, il faudra que ça vienne de lui.

En attendant, on pourra le voir dans Pupille de Jeanne Herry (à l’affiche au Québec en février) et, éventuellement, dans Nous finirons ensemble, suite du grand succès Les petits mouchoirs (2010) de son copain Guillaume Canet.

Le grand bain prend l’affiche le 9 novembre.