Le grand bain, sur un groupe de quadragénaires en crise qui pratiquent la nage synchronisée, est un film intelligent, empreint d’une douce folie

«Le grand bain», une plongée en apnée ***

CRITIQUE / Soyons honnête. On se demandait pourquoi «Le grand bain» méritait les honneurs d’une présentation spéciale à Cannes, en mai dernier, même hors compétition. Bien sûr, il y a la distribution du tonnerre pour interpréter ces huit quadragénaires poqués (dépression, chômage, séparation…) qui se mettent à la nage synchronisée… Mais il y a plus. Cette comédie humaine compte sur un charme fou qui en fait un moment de cinéma pur bonheur.

Gilles Lellouche, dont c’était la première réalisation solo, a préféré ne pas jouer dans son long métrage. Une bonne idée. Il a pu se concentrer sur sa mise en scène — c’est plutôt bien filmé, même si ça ne réinvente pas le genre. Et, surtout, mener à bon port son récit sans s’éparpiller — ce qui n’est pas évident avec autant de personnages.

Il s’est d’abord concentré sur Bertrand (Mathieu Amalric). L’homme souffre d’un mal-être et de la crise de la quarantaine. Pour soigner ce spleen, il va se joindre à un groupe d’hommes tout aussi éprouvés, qui pratiquent la nage synchronisée comme une forme de thérapie.

Pour interpréter ces perdants magnifiques, Lellouche a pu compter sur la crème des acteurs: Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Philippe Katerine (totalement décalé et désopilant en homme enfant) et Jean-Hughes Anglade. Ce dernier y joue un père séparé qui rêve encore à la gloire d’un groupe rock sans se rendre compte que son manque de talent fait honte à sa fille adolescente…

Tous vivent des problèmes divers et sont complètement désorganisés. Il faut dire que leur entraîneuse (Virginie Efira), une ancienne gloire des bassins qui noie sa peine, est plus occupée à lire qu’à les faire pratiquer leurs chorégraphies. Elle sera temporairement remplacée par Amanda (Leïle Bekhti), une femme à poigne qui va soumettre la bande à une discipline digne des Olympiques… en vue des championnats du monde!

À ce propos, les scènes tournées en Norvège par Lellouche sont absolument superbes. Il a su magnifier la beauté sauvage des lieux pendant ce court laps de temps où son long métrage se transforme en road movie.

Les scènes aquatiques sont, bien sûr, prétexte à une trame sonore qui puise aux grands succès pop des années 1980 et qui recycle même Chariots of Fire de Vangelis (morceau qui a servi de thème au film du même nom de Hugh Hudson).

Tout ça reste très prévisible, mais Lellouche n’a pas eu la main trop lourde, même en traitant de dépression. Évidemment, on peut y voir une radiographie critique d’une certaine masculinité qui souffre de son manque de repères. Ou pas.

L’acteur et réalisateur français a surtout voulu présenter un film populaire qui est drôle, intelligent et empreint d’une douce folie. C’est plutôt rare. Sorti il y a deux semaines en France, Le grand bain a fait le plein de spectateurs (presque deux millions d’entrées). On comprend pourquoi.

Mais derrière le rire, il y a aussi des larmes.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***

• Titre: Le grand bain

• Genre: comédie dramatique

• Réalisateur: Gilles Lellouche

• Acteurs: Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Virginie Efira

• Classement: général

• Durée: 2h02

• On aime: l’esprit d’équipe des très bons interprètes. Des répliques qui font mouche. L’absurdité des situations

• On n’aime pas: un relent d’homophobie