<em>La fameuse invasion des ours en Sicile</em> combine la simplicité visuelle et de riches couleurs à un récit magique.

Le film de la semaine: La fameuse invasion des ours en Sicile *** 1/2

CRITIQUE / Il peut difficilement y avoir un moment plus opportun que le début de la semaine de relâche scolaire pour que La fameuse invasion des ours en Sicile prenne l’affiche. D’autant que ce fantastique long métrage d’animation fait contrepoint avec les films guimauve habituels. Il combine la simplicité visuelle et de riches couleurs à un récit magique, pour séduire les plus petits, tout en proposant une métaphore douce-amère sur les dangers et vertus du pouvoir pour les plus grands.

Pas surprenant que le film de Lorenzo Mattotti se soit retrouvé en sélection officielle au dernier Festival de Cannes, dans la section Un certain regard.

Après tout, Jean-Luc Fromental et, surtout, Thomas Bidegain signent l’adaptation de l’œuvre de Dino Buzzati. Bidegain est le scénariste attitré d’Audiard (Un prophète, De rouille et d’os, Dheepan...), mais a aussi un flair pour les films grand public (La famille Bélier).

Ils se sont donc attelés à cette transposition du conte avec une idée toute simple : le troubadour Gedeone et sa fille Almerina se réfugient dans une grotte pour la nuit. Ils dérangent le sommeil d’un ours. Pour le distraire, le duo lui raconte la légende du roi Léonce — un truc narratif qui sert aussi à mélanger «réalité» et fiction.

Pour retrouver l’ourson Tonio, le fils du souverain enlevé par des chasseurs, les ursidés décident d’envahir la Sicile et d’affronter le tyrannique Grand-Duc. Les animaux bienveillants reçoivent l’aide inattendue du magicien de la cour pour défaire l’armée des hommes, mais ils ne sont pas au bout de leur peine : château hanté, auberge tenue par un ogre…

Léonce finit par retrouver Tonio et amorce un règne faste sur les deux peuples marqué par sa bonté (et un certain aveuglement). Mais les travers humains vont rapidement déteindre sur certains ours — qui vont perdre leur innocence. En particulier l’arriviste et fourbe Salpetre, qui veut devenir roi à la place du roi...

Rempli de fantaisie, avec une dose de fantastique, La fameuse invasion… fait autant appel à l’intelligence qu’il comble les sens.

Lorenzo Mattotti a conservé la naïveté des illustrations de Buzzati, avec un style de dessins animés en deux dimensions, tout en leur conférant un aspect baroque — un courant artistique né en Italie. Les traits sont bruts (presque expressionnistes), mais avec des couleurs vives qui comblent l’œil.

On pourra déplorer que le récit manque parfois de souffle et que la narration de Gedeone s’avère par moments agaçante, mais nous sommes ici dans une autre proposition que la vitesse surstimulante trop souvent devenue la norme des films d’animation.

Mattotti et ses scénaristes font aussi appel à l’imagination du spectateur plutôt que de lui offrir un récit tout cuit dans le bec.

L’occasion de voir ce genre de productions sur grand écran se faisant rare, je ne saurais assez vous la recommander chaleureusement.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : La fameuse invasion des ours en Sicile

Genre : Animation

Réalisateur : Lorenzo Mattotti

Classement : Général

Durée : 1h22

On aime : la fausse naïveté du dessin. La réflexion douce-amère sur la nature humaine. Les ours bienveillants. Le parti-pris esthétique. La fantaisie.

On n’aime pas : la narration parfois agaçante.