Taron Egerton est confondant dans la peau d'Elton John.

Le film de la semaine: Rocketman *** 1/2

CRITIQUE / Les drames biographiques, encore plus musicaux, ayant la cote depuis plusieurs années, un long métrage sur l’irrésistible ascension d’Elton John au rang de superstar du rock était une valeur sûre. Quand ses producteurs ont vu avec quel brio Dexter Fletcher a réalisé «Rocketman», ils se sont payé la plus importante plate-forme de lancement vers les étoiles : le Festival de Cannes. Et volé le show.

Le délire provoqué par sa présentation (hors compétition), avant et après le visionnement, en révèle beaucoup sur l’engouement que suscite cette biomusicale. Le pianiste fou a vendu plus de 300 millions d’albums en carrière et joué à la radio ad nauseam. Ses spectacles flamboyants ont fait école.

Mais Rocketman a l’intelligence de remonter à la source alors qu’Elton s’appelait encore Reginald Dwight. Et qu’il vivait une enfance malheureuse, mal dans sa peau et privé d’un minimum d’amour.

Pour y arriver, le réalisateur britannique a utilisé un truc archiconnu : le grand retour en arrière. Le long métrage, qui débute avec Elton John ouvrant des portes dans un flamboyant costume de diable, donne la note : le spectateur va en avoir plein les yeux. Le chanteur britannique entre en thérapie, déclinant l’impressionnante liste de ses dépendances (alcool, drogue, sexe, bouffe, magasinage, name it).

Un prétexte pour ce retour dans le temps auprès d’un père rigide et distant, et une mère égocentrique. Heureusement, il y a un piano et sa grand-mère qui l’encourage. Il a un talent précoce qui lui vaut une bourse d’études.

La suite est connue : son partenariat avec le parolier Bernie Taupin (Jamie Bell), le succès, l’homosexualité difficilement assumée (au début), les excès autodestructeurs... Tant de solitude et de besoin d’amour. L’homme a ses défauts et Fletcher ne s’est pas gêné pour les montrer.

Le cinéaste s’est heureusement libéré du carcan habituel du drame biographique, notamment en prenant certaines libertés avec la réalité et en présentant les chansons pas nécessairement dans l’ordre chronologique, mais en raccord avec les états d’esprit du chanteur.

Même chose sur le plan cinématographique où il se permet des délires visuels souvent splendides. Il a aussi décidé de se la jouer un peu comédie musicale avec des mouvements de caméra savamment orchestrés et des chorégraphies colorées. On a droit à de la bravoure et à de la frénésie dans certaines scènes. Celle où groupe et spectateurs lévitent à son premier concert américain fait dresser les poils sur le corps.

C’est une véritable explosion de sons, lumière et magie que projette à l’écran le cinéaste. Bien sûr, la carrière d’Elton John s’y prêtait.

Dexter Fletcher (Arnaques, crimes et botanique) a néanmoins livré un film à la hauteur de son sujet. S’il faut jouer les comparaisons, il a outrepassé, et de loin, Bohemian Rhapsody (dont il avait terminé le tournage après le renvoi de Bryan Singer).

Tout n’est pas parfait. On se serait passé de l’aspect psychopop. Et faire chanter certaines parties par d’autres personnages qu’Elton n’est pas l’idée du siècle. Surtout qu’on a les originales très fortement ancrées en tête.

Cela écrit, rien à dire sur le jeu de Taron Egerton — absolument confondant dans la peau d’Elton — ni sur ses interprétations (il chante pour vrai). Si Rami Malek a gagné l’Oscar pour son Freddy Mercury en lipsynch, Egerton aura ses chances.

Taron Egerton chante pour vrai dans le film.

Rocketman est un grand film populaire, avec une réalisation audacieuse. C’est très rare.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Rocketman

Genre : Drame biographique

Réalisateur : Dexter Fletcher

Acteurs : Taron Egerton, Jamie Bell, Bryce Dallas Howard

Classement : Général

Durée : 2h01

On aime : la réalisation sans compromis. Les images flamboyantes. Le choix judicieux des chansons. La justesse des interprètes.

On n’aime pas : l’aspect psychopop.