Albert (Roy Dupuis) rêve de tout quitter pour la Minganie.

Le film de la semaine: Les fleurs oubliées ***

CRITIQUE / André Forcier a voulu, pour «Les fleurs oubliées», s’inspirer de Roy Dupuis pour lui confier le rôle principal. L’acteur joue un homme en colère, droit, un brin sauvage, qui œuvre à la préservation de l’environnement et à perpétuer l’héritage du frère Marie-Victorin. Une fable écologique et engagée sur les abus de l’agriculture industrielle qui fait rire autant qu’elle enrage, mais malheureusement aux traits parfois trop grossis.

Albert Payette (Dupuis) a laissé sa carrière d’agronome pour devenir apiculteur. Grand admirateur de Marie-Victorin (Yves Jacques), il a la surprise de sa vie lorsque celui-ci lui apparaît. S’ennuyant à mourir au ciel, l’auteur de La flore laurentienne confie des graines cosmiques à Albert...

Ce dernier possède un jardin de fleurs oubliées en voie de disparition et des abeilles qui lui servent à fabriquer un hydromel très prisé, qu’il vend à des bourgeoises de la Rive-Sud.

Il faut les voir arriver en vélo et robes assortis pour se pâmer devant le viril Albert, une scène en écho aux 40 amants qui pourchassent sans cesse Florence dans Une histoire inventée (1990). Une belle occasion pour de courtes apparitions (France Castel, Marie Charlebois, Marie Eykel, Dorothée Berryman…) — on aperçoit aussi Denys Arcand en capitaine de traversier.

Albert vit en reclus sur son bateau et rêve de s’installer en Minganie. Sa quiétude sera troublée quand le passé refera surface, deux fois plutôt qu’une, sous la forme de Lili de la Rosbil (Juliette Gosselin). La journaliste au Ras-le-bol s’indigne du sort des employés mexicains aux prises avec Transgenia, une compagnie qui, comme son nom l’indique, joue au Frankenstein dans les champs de maïs.

La jeune femme et Mathilde Gauvreau (Christine Beaulieu), une avocate brillante tombée sous le charme d’Albert, vont s’allier dans leur lutte contre la compagnie de produits chimiques qui empoisonne la terre (et permettre à Albert de s’ouvrir à l’amour).

La charge est explicite et Forcier l’a soulignée à grands traits, jusqu’au burlesque. Mais la fantaisie cède malheureusement parfois le pas à la caricature. Le personnage du représentant de Transgenia, interprété par Donald Pilon, s’avère trop grossier, même pour l’univers déjanté et le réalisme magique du réalisateur du Vent du Wyoming (1994).

On se demande aussi à quoi peut bien servir le retour en arrière en 1944 où Forcier nous montre la relation, pas si platonique que ça, entre Marie-Victorin et Marcelle Gauvreau (Mylène Mackay).

Mais c’est toujours un peu comme ça chez l’excessif Forcier, qui s’amuse à en mettre plus que moins, quitte à étourdir le spectateur. Toutes les extravagances sont permises, jusqu’à un épisode plutôt rigolo de lutte mexicaine!

André Forcier n’a rien perdu de sa maîtrise cinématographique, qu’il consacre au service de la création. Les dialogues sont toujours aussi savoureux.

Même s’il s’éparpille un peu, son film coloré, vivant et fantaisiste s’avère, encore une fois, une ode à son imaginaire débridé. Tout en proposant une saine réflexion sur les excès que nous cautionnons pour payer moins cher la nourriture que nous plaçons dans nos assiettes.

Un 13e long métrage assurément dans l’air du temps...

Au générique

Cote : ***

Titre : Les fleurs oubliées

Genre : Comédie fantaisiste

Réalisateur : André Forcier

Acteurs : Roy Dupuis, Christine Beaulieu, Juliette Gosselin, Yves Jacques

Classement : Général

Durée : 1h42

On aime : la fantaisie de Forcier. Le bonheur des acteurs. Le pamphlet écologique.

On n’aime pas : le trait parfois trop grossier.