La vie de la famille de Camille, 12 ans, sera bouleversée lorsque ses parents décident de joindre une communauté chrétienne sectaire.

Le film de la semaine: «Les éblouis» *** 1/2

CRITIQUE / Sarah Suco n’a pas choisi la voie de la facilité pour son premier long métrage. En bonne partie inspiré par sa jeunesse, le poignant «Les éblouis» raconte l’impact pernicieux qu’a sur quatre enfants la volonté des parents d’intégrer une communauté chrétienne menée par un pasteur charismatique. La cinéaste française évoque avec beaucoup de doigté l’embrigadement d’une famille aveuglée par sa foi.

Pour raconter son histoire, dans tous les sens du terme, Sarah Suco a décidé d’adopter le point de vue de Camille (Céleste Brunnquell, une révélation). L’aînée a 12 ans, réside à Angoulême et se passionne pour les arts du cirque.

Un quotidien en apparence normale, avec une mère dépressive (Camille Cottin) et un père naïf (Éric Caravaca), peu valorisé comme professeur… Lorsque ses parents légèrement déboussolés intègrent une communauté chrétienne basée sur le partage et la solidarité, son mode de vie est progressivement bouleversé.

Le scénario de Suco et de Nicolas Shilhol illustre cette dérive sectaire en évitant la charge à fond de train. Et ils ont l’habileté de la doubler d’un récit initiatique inscrit dans la durée. En deux ans, Les éblouis suit également l’éclosion de Camille et son amour naissant avec Boris (Spencer Bogaert).

Car il y a une forme de duplicité chez la jeune fille. Elle fait l’impasse sur les comportements de ses parents, pas mal intentionnés, mais qui se soumettent aux diktats du «berger» (Jean-Pierre Darroussin), même les plus révoltants. Surtout sa mère, qui va jusqu’à renier sa fille.

Ce désaveu, l’inquiétude de Boris et d’autres incidents vont lui ouvrir les yeux sur les ravages que la secte — c’en est une, nul doute — cause sur la fratrie.

Car la volonté d’éviter le noir et blanc et de refuser les étiquettes ne veut pas dire que la réalisatrice succombe à l’angélisme. Certaines scènes, en raison de la violence psychologique qu’elles impliquent, s’avèrent presque insoutenables — notamment celle d’un témoignage de Camille, filmée en plan-séquence.

Tout au long, le spectateur sera happé par des sentiments de révolte, de dégout, d’incompréhension, mais aussi d’empathie et d’espoir.

La réalisation classique de Sarah Suco n’empêche pas ce film engagé de faire mouche. Le climat oppressant se révèle d’une efficacité diabolique…

Le point fort des Éblouis demeure la solidité de la distribution. Elle-même actrice, Sarah Suco dirige son équipe avec habileté. D’abord Céleste Brunnquell, capable d’exprimer une large palette d’émotions sans jamais trop en faire, mais aussi Camille Cottin, déconcertante dans la peau de cette mère qui perd pied, et Jean-Pierre Darroussin, absolument fascinant et convainquant dans le rôle de ce prêtre qui exerce sereinement une emprise incroyable sur ses fidèles.

La finale un peu précipitée et certains égarements amenuisent la force d’impact des Éblouis. Ce que ne l’empêche pas d’être un film courageux et remuant, qui atteint sa cible.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Les éblouis

Genre : Drame

Réalisatrice : Sarah Suco

Acteurs : Céleste Brunnquell, Camille Cottin, Éric Caravaca

Classement : Général

Durée : 1h39

On aime : le refus du manichéisme. La distribution solide. L’illustration implacable de l’embrigadement. Le courage de la réalisatrice.

On n’aime pas : la finale un peu précipitée.